Située à 200 km d’Abidjan, Fresco souhaite également profiter de la réhabilitation de la « côtière » et connaître une hausse de fréquentation touristique. Autrefois, les visiteurs pouvaient facilement observer les lamantins et les tortues de mer dans la lagune ou en bord de mer. Aujourd’hui, la faune a quasiment disparu. Des habitants se mobilisent pour tenter de faire revenir ces espèces.

Une frêle pirogue vogue au ras de l’eau dans la majestueuse lagune Goglê de Fresco, large d’environ 1,5 kilomètre. Jacques Diegba, pêcheur et guide touristique, enfonce une grande perche jusqu’au fond sablonneux pour faire avancer l’embarcation. L’homme d’une soixantaine d’années se souvient encore de sa jeunesse dans les années 60, quand la lagune constituait le territoire privilégié des lamantins.

« Alors que nous étions encore petits, vous ne pouviez pas passer sur la lagune avec votre pirogue, sans buter sur des lamantins. Ce sont des animaux très pacifiques, alors dès qu’ils vous voient, ils s’enfuient, et dans leur fuite, ils font soulever les eaux qui font quelquefois chavirer, ou bien prendre peur. Alors cette population animale était vraiment nombreuse. »

Selon la Convention sur la migration des espèces de la faune, la population de ces gros mammifères aquatiques herbivores, aussi appelés « vache de mer », a diminué de 20% en Afrique de l’Ouest. Mais leur raréfaction est encore plus marquée à Fresco, en raison de la destruction de près de 80% de la mangrove, qui permettaient aux animaux de se nourrir. « Les feuilles des palétuviers et leurs racines sont très prisées par ces lamantins », précise Jacques Diegba.
Braconnage et changement climatique
La mangrove a été grignotée principalement en raison de l’activité humaine : les longues branches et les racines sous-marines sont coupées et utilisées comme bois de chauffage et de cuisine, notamment pour le fumage du poisson. Mais aussi en raison du changement climatique et de la montée des eaux, comme le constate Jacques Diegba depuis sa pirogue : « L’effet de ce changement-là se voit puisqu’à cet endroit-là, il y avait un îlot et il y avait aussi des palétuviers. Tout a disparu, tout est recouvert des eaux. Ça veut dire que la mer fait son travail d’avancement. »  

L’autre grande menace pour les lamantins et les tortues de mer, ce sont les braconniers qui opèrent le plus souvent de nuit. Depuis 2017, la lagune de Fresco est surveillée par une patrouille de la police maritime. Problème : les équipes ne disposent d’aucun bateau. « Nous avons utilisé comme stratégie première de sensibiliser. Nous avons aussi une autre stratégie qui consiste à faire des patrouilles pédestres pour voir éventuellement si une tortue ne traîne pas dans des endroits, ou bien si elle serait en ponte », explique le capitaine Franck Lannion, commandant de l’antenne maritime de Fresco.

Mais ces efforts restent pour le moment trop timides pour véritablement préserver l’écosystème extraordinaire de Fresco qui fait face aux inondations, à l’érosion des côtes et aux activités humaines irrespectueuses.