Il y a deux fois plus de passage aux urgences psychiatriques qu’avant la crise sanitaire, selon Santé publique France, et ce, alors que la France a perdu 48% de pédopsychiatres en moins de 10 ans. Face aux manques de moyens des hôpitaux publics, une structure, Atrap (Accueil temporaire ado Paris), accompagne les adolescents et leur famille.

Arthur* est assis sur une chaise, une jambe repliée sur l’autre. Les fenêtres du bureau donnent sur les arbres et les tombes du cimetière du Père-Lachaise. Le jeune homme se sent bien ici. Il est accompagné depuis quelques mois par une équipe de professionnels, au sein de la structure Atrap, qui vient en aide aux jeunes en détresse.

Il suit un protocole de soin bien précis : « Jusqu’à pas très longtemps, j’avais chaque semaine un entretien familial, un groupe et un entretien individuel. Maintenant, j’ai art-thérapie », explique l’adolescent. « J’ai commencé il y a vraiment pas longtemps, j’ai fait qu’une séance. Dans cette séance, nous avons travaillé l’autoportrait. On a utilisé des techniques différentes. C’est assez intéressant et assez ludique », constate-t-il.
Un rôle important, mais une prise en charge jugée trop courte 
Arthur est soutenu par ses parents. Sa maman l’accompagne régulièrement lors de ses rendez-vous. Jambes serrées, le regard franc, Fabienne témoigne. Si la structure Atrap joue un rôle très important, elle ne suffit pas.
C’est certain que c’est une solution d’urgence, il y a une réponse très rapide et c’est super qu’il y ait une réponse rapide et une prise en charge immédiate. Mais la limite, c’est effectivement la temporalité. Cela ne peut pas être au-delà de deux, trois mois, alors que les problématiques que traversent les adolescents sont plus longues pour trouver une issue. Cela ne suffit pas. En tant que parent, on est obligé de penser à l’après-Atrap.Une demande d’accompagnement croissante
Aujourd’hui, une image, une vidéo ou un propos peuvent être facilement relayés sur les réseaux sociaux. L’image de soi, la réputation peut-être entachée avec une violence inouïe. La psychiatre et la fondatrice d’Atrap, Isabelle Sabbah, met en garde sur les dangers des réseaux sociaux : « Pour les ados, c’est très dur d’être anonyme, il y a beaucoup de choses qui restent. Ils ont un poids sur le paraître qui est multiplié par les réseaux sociaux. »

On retrouve Arthur, malgré cette période douloureuse, le jeune garçon sourit, il veut faire passer un message : « Ne pas perdre espoir et que c’est important de parler de ses problèmes. Que si ça ne va pas, il faut en parler, pas seulement à ses amis, mais aussi à des adultes, et à ses parents si ce n’est pas compliqué avec leurs parents », dit-il.

Face à une demande d’accompagnement croissante, cette structure qui accueille les adolescents en difficulté s’équipera d’une dizaine de lits d’ici janvier 2023.

  • Le prénom a été modifié