Le bras de fer continue entre les alsaciens et le gouvernement autour de 42 000 tonnes de déchets ultimes stockés en sous-sol. Dernier épisode en date : l’arrêt, le 25 mai dernier, des travaux de confinement des galeries de Stocamine à Wittelsheim, près de Mulhouse, sur ordre du tribunal administratif de Strasbourg. La collectivité européenne d’Alsace, l’équivalent du département, avait déposé un recours devant la justice pour stopper le bétonnage.

Fin mai, Extinction Rébellion, le mouvement international de désobéissance civile contre l’effondrement écologique, pénètre sur le site de Stocamine, à Wittelsheim, pendant quelques heures et fait la Une des médias. Le tout est retransmis en direct sur les réseaux sociaux. Pousse – un pseudonyme – estime que le stockage de déchets ultimes met en danger la plus grande nappe phréatique d’Europe située sous le Rhin, qui concerne la France, la Suisse et l’Allemagne. « Ce que l'on veut, c'est le déstockage : sortir les déchets et les traiter plutôt que de les laisser pourrir la nappe phréatique qui est au-dessus. Ça pollue l'eau potable de 7 millions de personnes. »

Stocamine est située à 550 mètres sous terre, juste en dessous de la nappe phréatique d’Alsace qui court de Bâle, au sud, jusqu’au nord de l’Alsace. Le projet d’un centre de déchets ultimes – non recyclables – est né à la fermeture des Mines de potasse d’Alsace. Mais tout s’arrête en 2002 après un incendie. L’État décide alors de remonter les futs de mercure et d’arsenic. Il reste toujours 42 000 tonnes de déchets que l’État et tous les ministres de l’Écologie successifs souhaitent laisser dans la mine. Les Alsaciens, eux, voudraient que tout soit déstocké.

« La mine se referme, certaines galeries sont prêtes à s’effondrer. Il faut bétonner les galeries et s'il y a pollution, elle sera minime, assure Céline Schumpp, directrice des Mines de potasse d’Alsace. La mine qui se referme rend les travaux de plus en plus difficiles. Si toutes les mesures de précaution qui ont été retenues ne s'avèrent pas efficaces, le risque maximum, c'est 0,7 m3 et donc un panache sur 100 mètres dans la couche inférieure de la nappe qui n'est pas utilisée en eau potable. »

Le gouvernement, les différents experts retenus, les différents ministres de l’Environnement répètent que déconfiner est trop cher et trop dangereux. Les écologistes répètent, on ne peut pas risquer la moindre pollution de notre eau. Laissez nos experts remonter tout ce qui peut être remonté.

Wittelsheim compte 11 000 habitants. Située près de Mulhouse, la commune est souvent qualifiée de commune poubelle. Le maire, Yves Goepffert propose un stockage surveillé pour 70 ans, une solution de compromis. Pour lui, chaque camp est figé dans des hypothèses non vérifiées. « Avant de faire hypothèse sur hypothèse, il faut vérifier s'il y a de l'eau. On laisse des ouvrages de pompage, et on pompe cette eau d'exhaure, qui sont les infiltrations du puits. C'est ce que l'on fait dans les mines de charbons. C'est ce que font nos amis allemands qui ont des mines de potasse qui ont été fermées avec des enfouissements. »

Le tribunal administratif de Strasbourg se prononcera sur la nouvelle demande d’autorisation de confinement déposée par les anciennes mines de potasse d’ici à la fin 2022.