Un village pour les malades d'Alzheimer, unique en France, a vu le jour il y a deux ans à Dax, dans le sud-ouest, sous l’impulsion des autorités départementales, sur le modèle d’un village néerlandais. Un lieu clos où il flotte tout de même un parfum de liberté, et où on tente de préserver une vie sociale, une vie quasi ordinaire.

Francis a 73 ans et un physique d’acteur façon Yves Montand. Nous le croisons au salon de coiffure ; un salon cozy, joliment suranné un vinyle grésille sur le tourne disque. Francis est venu se faire couper les cheveux, et il a ses exigences : pas trop court le long des oreilles.

Nathalie, la maîtresse des lieux, y veille. « Francis n'aime pas la patte trop courte. Si je m'avise à la couper trop haute... Alors là, c'est fini entre lui et moi », s'exclame-t-elle. « Je ne viens plus ! », abonde Francis en riant. « C'est un havre de paix ici. C'est un endroit où on parle, où on se raconte ce qui va et ce qui ne va pas surtout d'ailleurs », souligne l'homme venu se faire couper les cheveux.

« Vous savez, Alzheimer, ce n'est pas un grand copain. Quand ça revient parce que j'ai oublié quelque chose, parce que je ne me suis pas bien comporté... C'est ce qui me taraude parfois », poursuit-il, puis d'ajouter : « Je n'avais pas de vie chez moi, car j'étais tout seul. La solution, c'était de venir ici, de rencontrer des gens, d'avoir une vie sociale. » « Tu t'imagines si tu n'étais pas là, comment je ferais ? », demande Nathalie. Ce à quoi Francis répond, dans un éclat de rire : « On s'emmerderait ! »

►Sur RFI Savoirs : Dossier sur la maladie d'Alzheimer
« Je prends plaisir à leur faire plaisir »
Le village est clôturé, mais à l’intérieur, les résidents peuvent aller et venir, au gré de leurs envies, à la médiathèque, l’épicerie ou la brasserie. À la lisière d’un joli parc, de grandes maisons. Dans chacune, vivent sept ou huit résidents, à leur rythme, accompagnés par des auxiliaires de vie.

Séance pâtisserie cette après-midi-là dans une maison avec Sarah, qui prend soin de demander aux résidents quelle forme doit avoir un éclair. « Mon rôle est de les accompagner tout au long d'une journée pour les soins, les repas, les activités, détaille Sarah. Je prends plaisir à leur faire plaisir et à faire en sorte qu'ils gardent une certaine autonomie. » Ici, le personnel pour accompagner les villageois ne manque pas.

La vie semble s’écouler tranquillement. Pour Nathalie Bonnet, psychologue gérontologue au Village landais, « ça peut être un espace proche de la vie au domicile avec la possibilité d'aller chercher des livres à la médiathèque, d'aller chez la coiffeuse, de faire un peu de sport, et de revenir à la maison préparer son repas. On vise à faire en sorte que les handicaps qui se mettent en place avec maladie d'Alzheimer ou d'autres démences ne soient plus considérés comme une barrière infranchissable. »

►À écouter aussi : Peut-on prévenir la maladie d'Alzheimer ?
« C'est le bon moment »
Albert et sa fille Sabine sont assis au café. Jusqu’alors, Albert venait une fois par semaine au village, en accueil de jour. Désormais, il va y habiter. « Je pense que c'est le bon moment, dit Sabine. Son appartement est au bord de la [route] nationale donc on ne sait pas, s'il se lève la nuit, il se retrouve sur la nationale. Ou il peut attendre un taxi devant chez lui qui ne va jamais arriver parce que ce n'est pas le bon jour... Ça devient limite... », explique-t-elle. « Ici il y a tout ce qu'il faut et c'est la campagne. Je vais retrouver mes copains et je pense que je serai heureux dans cette cité », assure son père.

Albert et Sabine, les yeux embués, se quittent dans une étreinte. Ce soir, Albert va passer sa première nuit au village.