Une proposition de loi interdisant les pratiques visant à modifier l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne va être examinée à partir de ce mardi 5 octobre 2021 à l'Assemblée nationale française. Objectif : protéger les homosexuels, les lesbiennes, les bi et les personnes trans de ces violences psychologiques, physiques ou médicales exercées par des communautés religieuses ou de pseudo thérapeutes.

Il aura fallu près de 30 ans à Jean-Michel Dunand pour accepter qu’il n’est pas responsable de ce qu’il a subi quand il était à peine majeur. Pendant plusieurs années, des religieux essayent de le « libérer », comme ils disent, de son homosexualité. Une emprise spirituelle qui lui fait abdiquer son libre arbitre et l’amène à accepter des prières de guérison, puis de délivrance et un soir, un premier exorcisme.

« C’est très solennel. Avec de l’eau bénite, le prêtre est habillé avec ses habits sacerdotaux et va commencer une prière à vous et votre corps, il dit “que le démon de l’homosexualité sorte de ce corps”. Il y a quelque chose d’hyperviolent et moi je suis hypersensible. Je suis mal donc je réagis. J’entre en convulsions, je bave, je crie, je me cogne la tête contre le sol de la chapelle. On est au sommet de l’obscurantisme. C’est un film qui est en train de se passer », explique-t-il.

Et pourtant à l’époque, Jean-Michel Dunand y croit. Il subira huit exorcismes. Le dernier le conduit aux portes d’un hôpital psychiatrique. Et là, c’est l’électrochoc : le début d’une difficile reconstruction.

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Des pratiques qui laissent des traces
Benoît Berthe, 32 ans, est lui aussi toujours marqué par les « thérapies de conversion » auxquelles ses parents l’ont inscrit de ses 15 à ses 18 ans. Des séances alternant périodes de silence et confessions très intimes à des prêtres. Des pratiques de charlatans, dit aujourd’hui Benoît Berthe, qui lui ont laissé des cicatrices.

« Même si aujourd’hui j’accepte totalement qui je suis et je suis en paix avec ça, la culpabilité et les fonds de l’homophobie restent. C’est assez dingue. Même aujourd’hui, il y a des vieux réflexes, des vieux démons qui reviennent à cause de toutes les horreurs qu’on nous a racontées, la culpabilité est toujours là, dans l’ombre », déplore Benoît Berthe.
Un dispositif judiciaire jusque-là jugé insuffisant
Les « thérapies de conversion » sont toujours pratiquées aujourd’hui au sein de groupes extrémistes catholiques, mais aussi juifs, musulmans ou évangéliques. Elles peuvent également être le fait de médecins homophobes. Le collectif « Rien à guérir », dont Benoît Berthe est le porte-parole, a rassemblé des dizaines de témoignages. Mais en raison d’un vide juridique, l’ampleur du phénomène est difficile à évaluer.

En l’absence de délit spécifique, les victimes ne peuvent porter plainte que pour d’autres infractions comme abus de faiblesse ou harcèlement. Mais cela ne marche pas, selon Benoît Berthe. « Cela fait plus d’une trentaine d’années que ces thérapies sont rapportées en France et à ma connaissance aucune d’entre elles n’a été condamnée. L’arsenal, donc – on le voit là –, n’a pas été efficace. »

La proposition de loi, examinée aujourd’hui à l’Assemblée, prévoit donc la création d’un délit spécifique qui serait puni de deux ans de prison, trois ans si la victime est mineure.

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