La pauvreté est de plus en plus visible en France, conséquence de l'épisode de confinement. Depuis trois mois, les demandes d’aides alimentaires explosent. Les associations constatent une hausse d’environ 50 % de demandeurs.

Certains attendent depuis sept heures du matin devant les portes des Restos du cœur. Des familles, des chômeurs, des travailleurs pauvres, des retraités. Astrid Tulipe, responsable bénévole du centre de distribution du XIVe arrondissement se charge de distribuer des tickets pour respecter l’ordre de passage. « Je donne des tickets pour éviter un peu les disputes, les personnes qui passent avant, qui trichent. J’en distribue depuis hier et cela évite les conflits », explique-t-elle.

Elle recense une cinquantaine de nouvelles inscriptions par semaine. « L’an dernier, à cette époque, on n’avait même pas 500 familles. Là, il y en a 950. Vous vous rendez compte ? C’est énorme... »

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Ali, père de trois enfants, vient d’obtenir sa carte de bénéficiaire. Depuis plusieurs années, il était aide à domicile pour une personne âgée du quartier, décédée du Covid-19 durant le confinement. Pour vivre, il ne lui reste plus qu’une pension d’invalidité. « J’ai en moyenne 450 euros par mois. C’est difficile. On n’a pas le moral. Avec l’invalidité, j’ai un petit peu d’argent en plus. Cela a changé ma vie », dit-il, la gorge serrée.

« Heureusement qu’ils étaient ouverts pendant le confinement »

Il faut attendre une heure pour récupérer son panier d’aide alimentaire. Dans la file qui fait plus d’une centaine de mètres en bordure du périphérique, de nombreuses histoires de vie brisée. Pour certains, survivre est depuis longtemps un combat quotidien.

« Heureusement que [les Restos du cœur] étaient ouverts pendant le confinement parce que, si je calcule, seule, je pense avoir dépensé plus de 2 000 euros depuis la grève jusqu’au confinement rien que pour faire manger un enfant de 14 ans », raconte une personne bénéficiaire. « C’est invivable. De toute façon on ne peut pas. Quand on ne peut pas acheter dans les magasins, que voulez-vous faire ? Quand on n’est pas aidé, que voulez-vous faire ? Je ne vais pas vous raconter toute mon histoire sinon vous aller pleurer ou tomber par terre... », ajoute un autre bénéficiaire.

47 % de demandeurs supplémentaires en trois mois

Les Restos du cœur ont compté 47 % de demandeurs supplémentaires en trois mois, explique Astrid Tulipe. « C’est dû au problème de confinement. Il y a beaucoup de gens qui viennent nous voir et qui n’ont plus de travail. Il y a des mères de famille qui viennent aussi nous voir car les enfants n’ont plus de cantine gratuite. Donc, ils n’ont plus rien à donner à manger aux enfants. Je ne veux pas faire larmoyer, mais il y a des gens qui sont vraiment en difficulté », rappelle-t-elle.

Pour se nourrir, Zinon, sans-papier marocain, avait l’habitude de récupérer les invendus des marchés. « Tu travailles dans les marchés. Tu décharges, tu déballes, tu remballes le matin, le soir, une à deux fois par semaine. Mais il n’y a rien dans les marchés. Au moins ici il y a de la nourriture une fois par semaine. Cela vaut le coup », dit Zinon.

Il repart avec son chariot jaune rempli de denrées. La semaine dernière 10 000 repas ont été servis dans cet entrepôt aux portes de Paris.