Amadou Alpha Sall, directeur de l’Institut Pasteur de Dakar, s’est retrouvé dans le feu de l’action quand le Covid-19 est arrivé sur le continent. Mais ce n’était pas sa première épidémie, loin s’en faut. Pour ce spécialiste des virus et de la santé publique, d’une épidémie à l’autre, la connaissance progresse. Cette connaissance lui permet, ainsi qu’à son équipe – qu’il qualifie de « formidable » –, de faire face avec sérénité et optimisme. 

Si le docteur Amadou Alpha Sall, virologue, spécialiste des arboviroses, est aujourd’hui directeur de l’Institut Pasteur de Dakar, c’est que la vocation a frappé très tôt à sa porte. Après un doctorat passé pour partie à l’Université d’Oxford, en Grande-Bretagne, et à l’Institut Pasteur de Paris, il travaille en post doctorat dans des laboratoires de virologie aux États-Unis, puis, de 2002 à 2004, il dirige le laboratoire de l’Institut Pasteur au Cambodge, sur l’hépatite virale.

Mais son souhait le plus cher est de rentrer en Afrique pour travailler à résoudre les problèmes de santé : « J’étais orienté vers la santé… et comme l’Institut Pasteur est l’une des meilleures institutions de recherche au Sénégal (…) j’ai trouvé que c’était la meilleure option pour remplir mes objectifs ». Le docteur Sall part donc à l’Institut Pasteur de Dakar comme chercheur en virologie. Il en sera nommé directeur le 1er septembre 2016.

Le terrain, indissociable de la recherche fondamentale 

Dès ses premiers travaux sur les virus de fièvres hémorragiques, fièvre jaune et fièvre de la Vallée du Rift, Amadou Sall analyse la situation : « J'ai vite compris que travailler sur la science fondamentale était extrêmement utile mais qu’il fallait l’appliquer aux problèmes de santé publique, qui était prioritaires au Sénégal ». Rapidement, il voit la nécessité du travail de terrain et s’entoure d’entomologistes, pour partir en forêt prélever des animaux, et d’épidémiologistes, pour rencontrer les populations villageoises.

La docteur Sall se souvient de ces expéditions qui le mènent dans des zones reculées : « Il avait fallu cinq heures pour faire 40 kilomètres, et quand en arrivant, la femme âgée qui s’occupait de 2 jumeaux infectés m’a dit combien elle était heureuse que je sois venu les aider, ça a donné beaucoup de sens à ma mission ».

Ebola, 2014

L’épidémie d’Ebola en Guinée, en 2014, est un moment clé pour Amadou Sall qui en a retenu plusieurs leçons. D’abord, il est essentiel d’écouter et de comprendre les populations, car « si on arrive avec des solutions techniques et que la population ne fait pas partie de la solution, ça ne sert à rien », il faut donc développer des méthodes dédiées aux solutions locales, comme un test Ebola rapide (<15mn) qui permette d’enterrer les morts au plus tôt.

Le fait d’appliquer des solutions techniques très poussées à visée locale a conduit à mettre en place « une plateforme qui fait les tests rapides à un coût très abordable et qui a été utile dans le cadre du Covid ».

Ensuite, la crise d’Ebola a été permis de comprendre comment empêcher une petite épidémie locale de se transformer en pandémie.

Mais le Dr Sall en garde un souvenir difficile : pendant qu’il était en Allemagne, au chevet de l’un de ses collaborateurs infecté par le virus (et qui en a guéri), le premier cas d’Ebola se déclarait au Sénégal.

La (petite) surprise du coronavirus

Amadou Sall, comme ses collègues virologistes, s’attendait à l’arrivée d’une pandémie : « on vit de plus en plus proche de la nature, principal réservoir de virus… Ebola, Zika, le SARS en 2003, ont été des rappels, on a vu des situations d’urgence de santé publique à portée internationale où tout le monde s’est mobilisé ».

Mais la surprise est venue de l’ampleur prise par l’épidémie et surtout de la fragilité des systèmes de santé de pays a priori bien préparés : « un point essentiel, c’est que tous les pays ont été confrontés à l’approvisionnement en outils, c’est donc important d’avoir des capacités locales » .

En raison de son expertise, l’OMS et l’OOAS (Organisation ouest-africaine de la Santé) ont confié à l’Institut Pasteur de Dakar la mission de soutenir les autres pays africains dans cette crise du coronavirus.

Un appel à la jeunesse

L’état d’esprit du Docteur Sall face à l’épidémie reste optimiste : « Il faut prendre des décisions rapidement, sans marge de manœuvre, mais on a l’habitude de ce genre de situation et nous faisons face avec beaucoup de sérénité ».

Pourtant, il lance un appel à la jeunesse, qui doit jouer son rôle dans l’épidémie de Covid-19 : « En Afrique, on parle souvent de la démographie, mais là, les jeunes sont en bonne position pour se mobiliser et aider les personnes vulnérables, travailler dans les quartiers. Je fais appel à eux, car ils sont les sentinelles de la stratégie communautaire, ils ont un rôle extrêmement important à jouer ».

Docteur Sall / site de l’OMS

Institut Pasteur de Dakar