Depuis le 9 août, quelque 6 millions de tests sont réalisés chaque semaine par des médecins, des infirmières, des kinés, et surtout des pharmaciens qui représentent 85% des testeurs. Avec une rémunération de plus de 20 euros le test, est-ce un complément de revenu salutaire ou un véritable business ?

Chadey est étudiante en médecine. Elle réalise un test antigénique dans un coin discret aménagé pour l’occasion dans la pharmacie Nadjahi à Rambouillet, dans la banlieue ouest de Paris. « Pourquoi faites-vous ce test ? Pour le travail, les loisirs ? », demande Chadey. « Pour le travail, on a eu un cas Covid. C’est pour m’assurer de pouvoir reprendre le travail », répond le patient.

Le long des étagères, ils sont une quinzaine à faire la queue pour se faire dépister gratuitement. Pour le moment, le test est entièrement pris en charge par la Sécurité sociale. Christopher, un usager des salles de sports, confie préférer se faire tester. « Je n’ai pas trop confiance dans le vaccin », avoue-t-il.

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« On est rémunéré pour le travail et le temps passé »
Renaud Nadjahi, le propriétaire de la pharmacie, vaccine et valide les tests. Il a dû embaucher cinq étudiants en médecine pour répondre à la demande. « On a une très, très forte demande de tests antigéniques. Pour vous donner un exemple, sur le mois de juin, j’avais réalisé à peu près 600 tests, et nous sommes [actuellement] à plus de 2 400 tests réalisés », déclare le docteur en pharmacie.

Chaque test est remboursé environ 25 euros au professionnel de santé. Alors peut-on parler d’une manne financière ? « On nous rembourse quasiment au prix d’achat du test, à hauteur de 6 euros, et l’acte de prélèvement, quelle que soit la profession, c’est le même prix : environ 9 euros. Et il y a à peine une dizaine d’euros d’acte d’administratif qui est très long », explique-t-il.

Puis d’ajouter : « J’ai entendu sur les ondes, effectivement, des commentaires sur le côté “juteux” de cet acte. On ne le fait pas pour l’argent, on est rémunéré pour le travail et le temps passé, comme tout le monde d’ailleurs », avance Renaud Nadjahi.

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Certaines pratiques à la limite de la légalité
Mais certains moins scrupuleux ont flairé le filon à la limite de la légalité, en dressant par exemple des barnums, des tentes, parfois à des kilomètres de leurs officines.

Pierre Begueries, président du Conseil central de l’ordre des pharmaciens titulaires d’officines, explique que « le problème, c’est qu’on s’est retrouvé avec des barnums qui sont tenus par des personnes habilitées à faire des prélèvements, mais qui ne sont pas supervisées directement par des professionnels de santé qui sont les seuls à être autorisés à tenir ces barnums et à faire les déclarations nécessaires pour pouvoir faire les passes sanitaires. » Il poursuit : « À grande échelle et en ne mettant pas les responsabilités nécessaires, forcément, cela peut devenir juteux », concède-t-il.

La fin de la gratuité des tests le 15 octobre, pour ceux qui n’ont pas d’ordonnance, devrait freiner ces nouveaux business.