La lutte contre la violence faite aux femmes a été déclarée grande cause nationale il y a deux ans. Depuis janvier, 51 femmes sont mortes en France sous les coups de leur compagnon. Le Grand-Est a connu ces derniers mois plusieurs féminicides. Les associations de victimes attendent plus du gouvernement.

Début mai, une jeune femme est tuée à Hayange en Moselle par son ex-compagnon en pleine rue. Quelques semaines plus tard, à Colmar, une femme est jetée du 8e étage par son petit ami totalement ivre. La procureure de la ville demande dans la foulée plus de moyens pour la justice. Le dossier de cette femme était en cours de traitement.

Le gouvernement enjoint la Justice et la police d'aller plus vite, à fusionner les dossiers et il promet aussi plus de Téléphones Grand Danger. Aujourd’hui 1 800 sont à disposition dans les tribunaux, mais 1300 sont en circulation. Il y aura aussi plus de bracelets anti-rapprochement. Si la personne violente s’approche de sa victime, une alerte est déclenchée. Mais sur 1000 à disposition aujourd’hui, 147 seulement sont utilisés.

La directrice de l’association d’aide aux femmes Viaduq 67, Sabrina Bellucci se félicite tout de même des mesures annoncées. « Si l’on réfléchit à une fusion des fichiers, si on réfléchit à une collaboration plus étroite entre police, justice, et association d’aide aux victimes, ça ne peut aller que dans le bon sens puisque la vraie problématique dans les violences intrafamiliales, c’est la connaissance des situations et la connaissance des situations actualisées », explique Sabrina Bellucci.
« La colère est toujours là »
La sœur de Yasmine estime qu’il faut aussi que la police et la justice ne sous-estiment pas le danger. Yasmine, 4 enfants, 25 ans, a porté plainte deux fois contre son mari. Leur voisinage a déposé 13 mains courantes, mais rien n’a été engagé à part un rappel à l’ordre pour l’ex-conjoint.

En décembre 2020, Yasmine est tuée de plusieurs coups de couteau dans son appartement devant ses enfants par son ex-mari. « La colère est toujours là. Pour moi, s’il y a tout ça derrière et qu’il n’y a pas de suite, c’est que l’État n’a pas pris en compte la gravité de la situation. Elle le disait plusieurs fois qu’il allait lui arriver quelque chose, et on lui répond juste “c’est le père de vos enfants”, et il n’y a pas de suite derrière », déplore-t-elle.
Des demandes d’aides qui ne baissent pas
SOS Solidarité femmes gère un accueil de jour et un centre d’hébergement dans Strasbourg. 300 nouvelles femmes les sollicitent chaque année et le chiffre ne baisse pas. Alors Thomas Foehrle son directeur est déçu. Le gouvernement reste sur une ligne répressive. Il faut aussi éduquer, dit-il.

« C’est un peu la façon dont on fonctionne en France. On regarde cela, non pas comme un fait de société, mais comme un fait juridique. Est-ce qu’au regard de la loi, il a commis telle ou telle infraction ? Est-il considéré comme dangereux ? Si ce n’est pas le cas, on ne va pas considérer les violences conjugales comme étant quelque chose de, à la base, dangereux quand même... », déclare Thomas Foehrle.

L’Espagne et la Suède ont fait baisser le nombre de féminicides justement avec des campagnes de sensibilisation. En 2017, la Suède a connu un féminicide. Il y en a eu 123 en France.