L'Afghanistan a l’un des taux de mortalité maternelle les plus élevés au monde, selon les données des Nations Unies. 638 décès pour 100 000 naissances vivantes. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a commencé en novembre dernier à soutenir 33 grands hôpitaux dans différentes régions du pays. Le personnel n'était pas payé. Le système de santé publique ne fonctionnait pratiquement plus. Reportage dans une maternité de Kaboul.

De notre envoyée spéciale à Kaboul,

Dans la maternité de Malalai, les couloirs ne désemplissent pas. Depuis l’année dernière, le nombre de patients a doublé, passant de 5 000 à 11 000 à l’année. « Avant, les gens avaient les moyens d’aller dans des hôpitaux privés. À présent, à cause de la situation économique, ils n’ont plus de revenus, ils viennent ici, explique Dr Raheem Faizi la cheffe de la maternité. Et puis nous distribuons gratuitement de la nourriture et des médicaments, et d’autres produits essentiels. Enfin, comme nous avons des infrastructures spécialisées, et maintenant qu’il y a davantage de sécurité dans le pays, on peut transférer des patients de différentes provinces jusqu’à nous. »

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La maternité publique est soutenue financièrement par le CICR, ce qui permet, entre autres, de continuer à payer les salaires. Qabila est sage-femme, elle explique qu’elle peut donner les vitamines et nutriments nécessaires pour assurer un accouchement dans les meilleures conditions possibles :
« À cause de la crise économique, les femmes ne mangent pas à leur faim, elles sont dans des états physiques qui font qu’elles ont des difficultés à mettre au monde leurs enfants seules. Elles n’ont tout simplement pas assez d’énergie à ce stade. »
Parissa est sur le point d’accoucher. Elle a déjà six enfants qu’elle peine à nourrir à la maison. « Nous n’avons pas assez d’argent, j’ai des enfants en bas âge, dont un garçon. Mon mari a perdu son travail et j’ai cinq filles. Ils sont tous si petits, raconte-t-elle. Avant, je pouvais aller chez le médecin, qui m’a dit que ma tension était basse, car je ne mangeais pas assez. Mais je n’ai rien à manger chez moi. Pas même un œuf. »

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Les prix des denrées alimentaires sont montés en flèche depuis l’année dernière. De nombreuses familles ne mangent pas à leur faim. Zarmina Noori est la cheffe des sages-femmes. Elle raconte que l'anxiété des femmes est palpable : « à la naissance du bébé, les mères en difficulté s’inquiètent de savoir si elles pourront avoir assez de lait pour nourrir leur enfant. Elles demandent ce qu’elles peuvent manger pour mieux nourrir le bébé. Le stress leur fait perdre le peu de lait qu’elles peuvent avoir. Mais cette pauvreté, ce n’est pas nouveau. La pauvreté, la guerre, on ne connaît pas la paix ici. Comment donc avoir la paix d’esprit ? »

Si le phénomène n’est pas nouveau en Afghanistan, l'effondrement de l'économie et les sanctions internationales se font sentir dans tout le pays.