Depuis l'assassinat, le 8 juillet dernier, de l'ancien Premier ministre Shinzo Abe par un homme qui lui reprochait d'être lié à l'Église de l'Unification, la parole des victimes de cette secte s'est libérée. Partout, les témoignages affluent. Ces récits de familles brisées, à la fois par l'endoctrinement et par le surendettement, choquent les Japonais.

De notre correspondant à Tokyo, 

L'Église de l'Unification compte un demi-million d'adeptes environ au Japon. Cette jeune femme en a fait partie jusqu'à l'âge de 20 ans, contrainte et forcée par ses parents, des croyants fervents qui, dit-elle, lui ont « fait vivre un enfer ».

« Mes parents m'ont élevée dans la hantise que mon esprit soit "corrompu par Satan", comme ils disaient. La perspective d'une telle damnation me terrifiait. Ils faisaient tellement de dons à la secte qu'on devait se serrer la ceinture à la maison pour joindre les deux bouts, témoigne-t-elle. Jamais de cadeaux à Noël ou à mon anniversaire. Aucune sortie au restaurant ou au cinéma. Mes vêtements usés, ils les rapiéçaient au lieu d'en acheter de nouveaux. Tout cela m'a valu d'être martyrisée à l'école. J'étais le souffre-douleur de ma classe. On me traitait de "sale pauvre", on me disait que je sentais mauvais. »

Une autre jeune femme nous raconte qu'elle a été rançonnée par ses propres parents, eux aussi adeptes de la secte : « Ils subissaient une pression financière terrible car, comme tous les fidèles, ils devaient remplir des quotas mensuels de donations. L'Église décrétait que ceux qui ne respectaient pas ces quotas étaient gangrenés par Satan, et donc promis à l'enfer. Cela terrorisait tellement mes parents qu'ils m'ont obligée à travailler pendant mes études : quelques heures tous les soirs dans des magasins ou des restaurants. Et l'argent que je gagnais avec ces petits boulots, ils me le confisquaient pour le donner à la secte. »

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L'Église de l'Unification organise de gigantesques cérémonies de mariages collectifs lors desquelles des milliers de couples de fidèles sont unis. Un homme, qui l'a vécu en 1992, nous décrit comment cela se passait : « Cela n'a pas été une partie de plaisir. Les candidats au mariage devaient à la fois jeûner pendant une semaine avant la cérémonie, recruter trois nouveaux adeptes, et verser près de deux millions de yens à l'Église : 15 000 euros, environ. En plus, mon épouse, c'est le révérend Moon qui l'a choisie, et elle ne me plaisait pas trop. Je l'ai quand même épousée parce que, selon la secte, refuser la personne choisie par le révérend au nom de Dieu, c'est se condamner à l'enfer éternel. J'étais endoctriné au point de croire de telles balivernes ». Depuis, il a divorcé et a quitté la secte.  

Ces récits indignent les Japonais, au point que de plus en plus, sur les réseaux sociaux, l'assassin de Shinzo Abe est présenté, non pas comme un tueur, mais comme une victime. Il aurait utilement mis en lumière les agissements malfaisants de la secte Moon. Les dons et les appels à la clémence en sa faveur se multiplient. Et chaque jour, dans sa cellule, l'homme reçoit des messages de soutien et des cadeaux, comme des mangas ou des friandises, pour l'aider à supporter sa détention.