Au nord de l’État de Rio de Janeiro, la cité balnéaire d’Atafona est menacée de disparition sous la montée des eaux. Ici, l’érosion côtière a commencé il y a une 60e d’années, mais s’aggrave très rapidement à cause du réchauffement climatique et de l’activité humaine. Atafona fait désormais partie des 4% du littoral mondial dont la montée des eaux dépasse les 5 mètres par an. Ses habitants sont obligés de quitter leurs maisons, avalées par la mer.

Un bout de mur au fond du jardin, et un petit tas de débris. C’est tout ce qu’il reste de la maison de Vitória. Quand elle et son mari ont décidé de l’acheter, il y a 34 ans, il étaient loin d’imaginer qu’elle disparaîtrait sous les eaux. « On ne voyait même pas la mer, elle était très loin ! Et aujourd’hui la mer est dans ma maison. Maintenant, une partie de ma maison est sous l’eau. »

Ils ont pris la décision de quitter les lieux au mois de novembre, quand un premier mur a commencé à s’abîmer. Quatre mois plus tard, la maison entière a été engloutie. « La nuit, le son des vagues est assourdissant, c’est très fort… On a l’impression qu’on va être aspiré, que toute la maison va nous tomber dessus. »

En 1974, Vitoria avait déjà perdu la maison de sa mère. Depuis, les pouvoirs publics n’ont pris aucune mesure de prévention contre l’érosion qui s’accélère d’année en année, atteignant jusqu’à 7 mètres par an. Paulo, son mari, a perdu espoir. « On est blessés par ce qu’il se passe. Ce matin j’ai été voir les ruines et… On est énervés de voir que rien ne se passe, personne ne fait rien. Mais je ne crois pas que les choses vont changer. »

Le couple habite désormais chez le père de Paulo, à trois maisons de distance de la leur. Dans le salon, une photo encadrée leur rappelle leur village d’enfance.« Cette photo est prise de haut, on voit l’embouchure du fleuve là. Elle a été prise, il y a une cinquantaine d’années. Nous, on se trouve ici et tout ce que vous voyez là, c’est déjà parti. »

« Regardez la quantité de maisons, regardez ! », s'exclame Vitoria. À Atafona, plus de 500 maisons sont désormais enfouies sous le sable. Un phénomène dû à plusieurs facteurs. Le réchauffement climatique, bien sûr, mais aussi la perte de débit du fleuve Paraiba, dont les deux tiers sont captés, plus au sud, par les villes de Sao Paulo et Rio de Janeiro, pour alimenter les métropoles en eau et électricité.

« Nous sommes face à trois propositions : construire une digue, installer des sacs de sable à l’horizontale, ou encore remblayer artificiellement la plage, grâce à une barrière de roches, détaille Marcela Toledo, chargée de l’environnement à la mairie d’Atafona. Ces trois propositions ont été envoyées à l’institut environnemental, l’INEA qui doit évaluer l’efficacité de ces projets. »

Des projets encore loin de voir le jour alors que l’érosion à Atafona aurait déjà causé près de 2 000 réfugiés climatiques depuis les années 60.