Au Chili, l’entreprise publique Codelco, leader mondial dans l’extraction et l’exportation de cuivre, a annoncé il y a quelques jours la fermeture de l’une de ses fonderies, après plusieurs pics de pollution entrainant l’intoxication de dizaines de personnes, principalement des enfants, dans les villages alentour. Pendant deux jours, les salariés de Codelco se sont mis en grève contre la fermeture de la fonderie, alors qu’une partie des habitants de la région réclament son arrêt définitif.

Avec notre correspondante dans la région,

À Quintero et Puchuncaví, les intoxications font partie de la vie quotidienne. « Pour nous, c’est normal qu’on nous dise qu’il n’y aura pas sport à l’école, car le niveau de pollution est trop élevé. » Sofia a 17 ans et il y a quelques semaines, son lycée a été évacué à cause d’un nouvel épisode d’intoxication.

« Tous les élèves se sentaient mal et presque tous vomissaient. Moi je sentais mon corps endormi. J’avais un goût métallique dans la bouche, mal à la tête et des picotements dans la gorge et le nez, décrit Sofia. Certaines de mes amies ne pouvaient même pas marcher. Et ça a duré pendant trois jours, c’était horrible ! »

Assise à ses côtés, sa mère, Carolina, raconte son angoisse quotidienne : « Tous les jours je vérifie la qualité de l’air sur mon portable. Au travail, je garde un œil dessus pour voir s’il n’y a pas d’alertes parce qu’à n’importe quel moment, les sirènes peuvent retentir pour informer que des enfants ont été intoxiqués. C’est une situation très stressante, tous les jours. »

Les premières industries sont arrivées dans les années 60 dans la baie de Quintero Puchuncaví. Aujourd’hui, 18 entreprises sont installées et rejettent divers composants polluants. « À long terme, les métaux lourds peuvent provoquer des cancers ou du diabète. Et les gaz affectent le système nerveux central ce qui provoque les intoxications », prévient Maria Araya, présidente du conseil consultatif des usagers de l’hôpital de Quintero. « Ça fait longtemps que ça dure. Et malheureusement, ils jouent encore à deviner qui est le coupable. Je pense que c’est complètement irresponsable, car on sait très bien qu’ici toutes les entreprises polluent et elles affectent toute la communauté », ajoute Maria Araya.
Colère des salariés
Mais l’annonce la semaine dernière de la fermeture de la fonderie de cuivre publique, soutenue par le gouvernement de Gabriel Boric, a fortement fâché les salariés. « C’est “non” à la fermeture, car il y aurait un coût social trop grand ». Cela fait 20 ans que Paola Otarola Paredes travaille chez Codelco. Avec ses collègues, ils demandent plus d’investissements. « Nous respectons déjà une norme de régulation environnementale. Donc nous avons besoin de nous moderniser. Nous devons élever les standards de l’entreprise à un niveau international. »

Après deux jours de grève, un accord a finalement été trouvé entre la direction et les syndicats. La fonderie sera bien fermée, mais avec des garanties pour les salariés. Mais pour Sofia, la lycéenne, ce ne sera pas suffisant. « Personne ne s’est retroussé les manches pour réellement trouver une solution. Personne ne s’est réellement préoccupé de nous. Ça fait des années que l’on vit ainsi, déplore la lycéenne. Je n’ai plus aucun espoir. Les gens de Quintero sont destinés à mourir à Quintero dans la pollution. »

Le processus de fermeture de la fonderie de Codelco pourrait durer encore 10 ans.