Nous allons aujourd’hui en Jordanie, où malgré la décriminalisation de l’homosexualité il y a plus de 70 ans, les personnes LGBT+ restent stigmatisées et rejetées par la société. Face aux risques importants de précarité, beaucoup choisissent encore de garder le silence et de vivre cachés. Ils trouvent refuge dans des groupes d’entraides et associations officieuses.

C’est sur son lieu de travail, dans les quartiers centraux de la capitale jordanienne, que Moe* [prénom modifié] accepte la tenue de cette interview. Ce Jordanien de 22 ans a choisi un lieu loin des regards de la société, où il peut parler librement de son homosexualité. Dans l’espace public, au contraire, il cache tout ce qui pourrait éveiller des soupçons : « C’est difficile, car je suis un garçon efféminé. Si je veux aller dans un lieu public, je sais comment je dois m’habiller pour devenir invisible, c'est-à-dire porter des couleurs plus masculines, plus foncées. Je me coiffe d’une manière différente. Car on peut nous frapper, nous tromper, nous harceler. Il faut être vigilant. »

En Jordanie, l’homosexualité et la transidentité ne sont pourtant pas illégales. Mais dans les faits, les personnes LGBT+ font face à la stigmatisation. Comme Ghazal Sabbah, Jordanienne trans de 24 ans, en situation de précarité depuis l’annonce de sa transition : « Ma famille a su que j’étais trans et ils ont commencé à m’imposer des restrictions. Ils ont essayé de m’envoyer en Arabie saoudite, de me convertir. Ma mère m’a dit qu’il fallait me soigner, m’envoyer voir un chef religieux, donc j’ai dû fuir. J’ai eu des difficultés économiques, car je n’étais pas prête financièrement, donc j’ai dû aller vivre chez un ami, puis un autre avant d’être à la rue pendant quelques jours. »

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C’est grâce à l’action de la communauté LGBT+ que Ghazal Sabbah est hébergée. À Amman, des réseaux d’entraide officieux se développent dans les bars, cafés et soirées privées : « Au début, j'ai cru qu’il n’y avait pas de communauté, mais tous les jours, je trouve de nouvelles personnes, des événements pro-LGBT. Il n’y a pas de réseaux officiels, tout se fait grâce aux connexions. Je connais quelques personnes qui me font parvenir sur les lieux. Eux-mêmes connaissent les propriétaires. Ils m’en parlent puis j’en parle à mes amis. Voici comment la communauté s’informe. »

Mis à part ces réseaux, les soutiens à la communauté LGBT+ sont rares en Jordanie. Car peu d’organisations sont en mesure d’aider ouvertement les personnes concernées, comme l’explique cette représentante d’une association locale, qui préfère garder l’anonymat : « La plupart des ONG préfèrent travailler avec d’autres populations à cause du regard de la société sur la communauté LGBTQI. Nous devons prendre des précautions sur ce que nous faisons, nos activités et évènements. Nous ne mentionnons pas la communauté LGBTQI sur notre site internet sur Facebook, Twitter ou TikTok. Nous ne pouvons pas dire que nous les soutenons, que nous les aidons, car c’est encore un tabou ici en Jordanie. »

Les autorités jordaniennes censurent régulièrement les événements et représentations LGBT+, jugés immoraux et indécents.

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