Dans le nord de l'Irak, ces dernières semaines, des manifestations pacifiques dénonçant la misère de la population et la corruption des autorités de la région du Kurdistan ont tourné en scènes de chaos avec l'incendie de nombreux bureaux de partis politiques kurdes. La répression a été violente avec un bilan officiel de 10 morts dont 8 manifestants. La région du Kurdistan irakien demande aujourd'hui de l'aide financière à Bagdad mais refuse toujours de partager en échange son pétrole avec l'Irak comme le prévoit la Constitution.

Voilà plusieurs années que les fonctionnaires kurdes ne touchent qu'une fraction de leur salaire, seulement 20% en 2020. La jeunesse diplômée, elle, ne trouve pas d'emplois. En réponse à la colère de la rue, le gouvernement régional du Kurdistan irakien a envoyé depuis plusieurs jours une délégation négocier à Bagdad. Certains partis kurdes comme l'Union islamique auquel appartient Abdullah Toufik ont refusé de se joindre à ces discussions : « En vérité il n'y a pas une réelle volonté de trouver un accord, ni du côté irakien ni du côté kurde irakien », estime-t-il. « En ce qui concerne les autorités de Bagdad, elles ont déjà d'importants problèmes internes à gérer notamment des problèmes financiers. L'Irak a été obligé d'emprunter pour payer les trois derniers mois de salaires à ses fonctionnaires. Du côté de la région du Kurdistan irakien, les autorités ne veulent et ne peuvent pas briser l'accord qu'elles ont avec la Turquie pour vendre leur pétrole.

De toute façon, nous savons bien que les dirigeants du Kurdistan ont plus que suffisamment de richesses pour payer les fonctionnaires kurdes. Mais ils les utilisent pour s'enrichir eux-mêmes illégalement. Ces responsables kurdes qui communiquent avec la communauté internationale au nom de la révolution kurde, au nom de la kurdité, au nom de la création d'un État kurde, en réalité, il faut que les pays occidentaux comprennent que ces mêmes hommes font partie des figures politiques les plus corrompues au monde. »

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Pendant ce temps, dans le silence, la répression continue. Des dizaines de manifestants et journalistes sont emprisonnés. Les rues sont quadrillées par des forces de sécurité en civil. Parmi les figures du soulèvement populaire détenues depuis plusieurs semaines, le journaliste indépendant Sherwan Sherwani. Malgré ses craintes, sa femme accepte de nous parler pour que son mari ne soit pas oublié. « Les gens ont très peur ici. C'est normal, dans notre cas ils sont venus chercher mon mari chez nous. Entre la gendarmerie et la police ils étaient au moins 20 personnes chez nous, avec six voitures. Ils ont fait exprès de nous terrifier », raconte-t-elle.

« Tout ce que je sais maintenant c'est que mon mari est sous le contrôle de Waysi Barzani, le fils de Massoud Barzani. Nous ne pouvons ni lui téléphoner ni le voir. Tout ce que je sais, c'est via la télévision et via son avocat qui n'a pu le voir que 10 minutes. Il a dit qu'on lui reproche d'avoir encouragé les gens à manifester pour créer le chaos dans la société au sein de la région du Kurdistan irakien, enfin plutôt au sein de la région contrôlée par le PDK. »

Voilà plus d'un mois que Sherwan Sherwani est détenu dans les bureaux des renseignements du Kurdistan irakien à Erbil aux côtés de 15 autres figures des manifestations.

Tout en répondant, sa femme surveille ses quatre enfants : « Le futur ? Je ne le vois pas... au Kurdistan je ne vois pas le futur parce qu'il est entre leurs mains. »