Le premier Code civil chinois entre en vigueur ce 1er janvier 2021. Il change beaucoup de choses pour les couples mariés en Chine et ceux en passe de divorcer. Une période de 30 jours de réflexion sera nécessaire avant de se séparer. Ce qui provoque un afflux de demandes des divorces avant la nouvelle année.

Le démarrage en trombe d’une voiture de sport et les cris du désamour devant l’office de l’état civil du district de Chaoyang à Pékin. Le brouillard de ce matin de décembre a blanchi les immeubles, un couple se dispute sur le trottoir, alors que dans le hall s’étire une longue file d’attente.

Appuyés sur les murs, accroupis au milieu de sacs de course, voilà un moment que ceux-là ne prennent même plus le temps de se disputer. « Merci de présenter vos numéros de réservation », scande une fonctionnaire. Selon le site d’information officiel Sixthones, les demandes de divorce s’envolent avant l’entrée en vigueur du Code civil. Chez les jeunes et les moins jeunes, comme cet homme en chapka, la soixantaine : « Si un couple veut divorcer, attendre 80 ou 100 jours ne fait rien. Nous vivons séparément avec ma femme depuis 1998. Les enfants sont grands. Nous voulons divorcer au plus vite avant que la loi change. »

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Pressés de se séparer et prêts à faire la queue en pleine semaine pour atteindre les guichets. Car pour les divorcés de l’an 2021, la chanson ne sera plus la même. Si dans les 30 jours, l’un des époux change d’avis, le divorce sera reporté. Une bonne chose pour cette habitante du quartier : « C’est triste de voir tous ces jeunes attendre de divorcer. Il y a parfois des disputes, des mots qui vont trop loin, mais on ne peut pas tout arrêter sur un coup de sang. »

« Prendre le temps de la réflexion », c’est l’argument avancé par le législateur et les médias d’État inquiets de l’inflation de divorces dans une société où le mariage reste la norme. Doudoune rouge, grandes lunettes, pour cette Pékinoise de 35 ans, c’est tout réfléchi : « Ça dépend des gens, mais pour celles et ceux qui comme moi ont pris leur décision depuis longtemps, 30 jours ne changeront rien. »

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Une voiture de sport italienne, un car qui se gare devant les escaliers du bureau de certifications. Les mines réjouies du mariage en descendent. Par un froid pareil, on se marie en anorak. « Ce sera mieux pour les jeunes », explique cette septuagénaire, deux grandes étoiles entre le bonnet et le masque. Madame Zhang vient de se marier à un ami de longue date, de cinq ans son aîné : « Parfois, dit-elle, les jeunes prennent des décisions qu’ils regrettent. » Un avis que ne partage pas cette employée d’un groupe privé, 25 ans, elle est aussi tout juste mariée : « La décision de se séparer doit rester un choix personnel. En cas de violences domestiques, il faut pouvoir mettre un terme très vite à la relation. »

Selon les défenseurs des Droits des femmes, ce mois de délibération avant de pouvoir se dire non risque de rendre plus vulnérables celles qui sont confrontées à la violence de leur conjoint. Un point contesté par une partie des avocats selon lesquels la nouvelle disposition ne s’applique pas aux divorces contentieux.