Le directeur humanitaire de l’ONU appelle la communauté internationale à soutenir les pays les plus fragiles face à la pandémie de coronavirus. Mark Lowcock a lancé cette semaine un appel pour une aide d’urgence de 6,7 milliards de dollars. La crise économique liée à la pandémie frappe de plein fouet les personnes les plus vulnérables et les acteurs humanitaires revoient leur besoin à la hausse. Après avoir œuvré contre la propagation du Covid-19, l’agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens estime ainsi avoir besoin de 93,4 millions de dollars pour faire face aux conséquences socio-économiques.

Sur un peu plus de 350 cas de Covid-19 recensés en Cisjordanie, un quart des malades environ vivent dans les camps de l’UNRWA. Et cela a suscité une méfiance, une crainte, juge Gwyn Lewis, directrice des opérations de l’agence dans ce territoire palestinien. « Nous avons vu beaucoup de stigmatisation autour des cas de Covid-19. Particulièrement dans les camps, en raison du manque d’espace. Les familles vivent en grande proximité les unes des autres et cela a créé beaucoup de peur », dit-elle.

En Cisjordanie, mais aussi à Gaza, au Liban, en Syrie ou en Jordanie, l’UNRWA s’est adaptée face à la pandémie. Les écoles ont été fermées, parfois transformées en centres de santé. Certains services, comme les distributions de nourriture, se sont faits à domicile. Et l’UNRWA a aussi joué un rôle important dans la prévention, estime Matthias Schmale, son directeur à Gaza. « Grâce à l’étendue de notre réseau, nous avons l’opportunité d’influencer les comportements. Nous avons par exemple les numéros de téléphone de 90 % des 282 000 enfants scolarisés dans nos écoles, ou plus exactement de leurs parents. Donc, on peut vraiment diffuser des messages essentiels sur la façon de se comporter de manière adéquate. »

Des règles de confinement de plus en plus difficiles à appliquer

Mais plus la crise dure, plus les règles de confinement sont difficiles à faire appliquer, relève Gwyn Lewis. « En raison des pressions économiques, toutes ces règles ne sont plus strictement appliquées. L’impact économique est tel que les gens, s’ils ont besoin de nourrir leur famille, vont retourner travailler. C’est de plus en plus difficile de limiter les mouvements en raison de la pression économique. »

Dans l’ensemble de la bande de Gaza, le taux de chômage est désormais de 70 %. Et dans les camps du Liban, il est même de 90 % assure le directeur des opérations de l’UNRWA dans le pays.

« On ne peut vraiment pas attendre plus longtemps »

Les difficultés financières sont telles qu’un réfugié a menacé de s’immoler par le feu, se souvient Claudio Cordone. Et le désespoir est assez largement partagé, précise-t-il, rendant une nouvelle aide internationale essentielle. « D’autres nous disent qu’ils vont venir dans nos écoles, qu’ils n’ont pas d’autre endroit où dormir, qu’ils ne peuvent plus payer le loyer. Donc, face à cette situation, nous avons réussi à allouer une partie de notre budget de fonctionnement à des programmes d’assistance financière. Mais on ne peut vraiment pas attendre plus longtemps. »

Accusée de perpétuer le statut de réfugiés pour les descendants des Palestiniens ayant dû fuir leur terre, l’UNRWA a perdu son principal bailleur, les États-Unis, en 2018. Alors qu’elle a déjà du mal à boucler son budget de fonctionnement habituel, l’agence se trouve actuellement face à des besoins plus importants. Mais en pleine crise économique mondiale, les promesses de dons pourraient être plus difficiles à obtenir.