Depuis la semaine dernière, le gouvernement cubain fait de la pédagogie et explique les changements à venir avec l’élimination de l’une de ses deux monnaies. L’unification monétaire y est un véritable serpent de mer. Attendue à Cuba depuis plus d’une décennie, cette réforme se fait graduellement depuis plusieurs mois, tant elle est complexe à mettre en place…

Quand et à combien ? Personne n’a de réponse mais ce qui est sûr c’est que le CUC (peso cubain convertible) va disparaitre au profit du peso cubain. Ce qui est certain également, c’est que les Cubains attendent depuis plus de 10 ans cette unification car ces deux monnaies ont engendré un système à deux vitesses.

Les salaires d’État sont payés en pesos cubains alors que les biens et produits importés sont vendus en CUC qui a donc plus de valeur, selon Miguel Perez :

« La majorité des choses, tu peux les acheter en CUC, parce qu’en monnaie nationale il y a beaucoup de choses qui ne se vendent pas. Alors que c’est notre monnaie nationale cubaine. Le peso cubain a perdu beaucoup de sa valeur et tu ne peux pas tout acheter avec cette monnaie. Par exemple, une serviette tu l’achètes en CUC, du dentifrice tu l’achètes en CUC, c’est pour ça que selon moi le peso cubain ne vaut vraiment pas grand-chose. »

S’il y a deux monnaies en circulation, il y a cependant quatre taux de change, notamment un taux préférentiel dont bénéficient les entreprises d’État qui leur permet d’importer de façon subventionnée. Et c’est sans doute là l’un des plus grands défis de l’unification monétaire.

Mais pour la population aussi le taux de change entre le peso cubain et le CUC est un système complexe… La cinquantaine, caché derrière ses lunettes de soleil, Juan gère le parking d’un magasin, les automobilistes le payent autant en CUC qu’en peso cubain et il a souvent l’impression que le change ne lui est pas favorable : « Le CUC, l’État te le change à 25 pesos, mais quand tu le vends il te l’achète à 24 et dans la rue il en vaut 23. Tu vois combien on perd à la fin ! »

Mais selon lui le problème n’est pas tant d’avoir deux monnaies, sinon de l’argent dans un pays où le salaire moyen équivaut à 44 dollars. Le gouvernement a d’ailleurs annoncé que l’unification monétaire viendrait avec une réforme salariale mais Juan n’y voit pas un changement très significatif : « Ça ne changera rien d’avoir une seule monnaie si les prix restent très élevés et les salaires très bas. S’ils augmentent les salaires, il faudra aussi qu’ils baissent les prix, pour que le travailleur ait accès à ce dont il a besoin. »

Mais c’est tout l’inverse que prévoit l’État. Dans l’une des dernières et nombreuses explications de plusieurs heures à la télévision, le membre du bureau politique du PCC, Marino Murillo Jorge, avec beaucoup de pédagogie et de précaution, expliquait que si les quatre taux de change sont unifiés, la monnaie cubaine sera automatiquement dévaluée : « Il sera impossible de ne pas dévaluer le peso cubain. Et il n’y a aucun moyen d’éviter que la dévaluation provoque une hausse des prix, c’est impossible. Il y aura donc de l’inflation ! »

La réforme de la dualité monétaire se fait donc à petit pas pour éviter une crise inflationniste, dans un pays déjà en grande difficultés économiques et qui dépend à 80% de ses importations.