Fin mai, en prévision d’une possible annexion d’une partie de la Cisjordanie, l’Autorité palestinienne a mis fin à toute coopération avec Israël. Si rares sont ceux qui ont pris au sérieux les annonces de Mahmoud Abbas, président palestinien, cette fois, les effets sont bien réels et sur le terrain et cette décision est lourde de conséquences pour les Palestiniens.

Assis à son balcon, à Beit Ummar, un village palestinien au nord d’Hébron, Sultan nous montre des maisons, des magasins brûlés et les photos des flammes de l’incendie qui les ont ravagés. « Il y a eu des règlements de compte entre deux familles, les deux plus grandes familles de Beit Ummar, raconte-t-il. Ils ont commencé à incendier les maisons des uns et des autres. Les flammes étaient énormes alors ils ont demandé aux pompiers de venir pour l’éteindre pour aider, car personne ne pouvait plus rien faire. Quand les pompiers sont arrivés, les soldats israéliens étaient là - juste pour calmer la bagarre car c’était juste à côté de là où ils contrôlaient - mais ils ont interdit aux pompiers palestiniens de rentrer dans le village pour éteindre le feu, leur disant qu’il n’y a plus de coopération sécuritaire. »

Car Beit Ummar, en Cisjordanie, est situé en zone C, c’est-à-dire sous contrôle total israélien depuis les accords d’Oslo. L’armée israélienne s’applique à ne pas intervenir dans des affaires civiles. Alors en temps normal, les pompiers palestiniens auraient demandé une autorisation israélienne pour éteindre eux-mêmes le feu.

La police palestinienne aurait pu arrêter les criminels et les conduire au poste dans une zone où elle a pleine autorité. Mais depuis la fin de la coopération sécuritaire, certains Palestiniens sont livrés à eux-mêmes, poursuit Sultan. « Et ils n’ont pas appelé les pompiers israéliens pour qu’ils viennent à la place des Palestiniens. Désormais, c’est un vrai problème. Sans la police palestinienne, il n’y a plus d’autorité pour ce village ! »

Mahmoud Abbas affaibli

Cette rupture était pourtant attendue par la population. Dans la rue, on estime que cette coopération impopulaire faisait de l’Autorité palestinienne de simples exécutants des ordres israéliens.

« Depuis la fin de la seconde Intifada, en 2005, il y a eu une grande constance dans cette coordination, particulièrement la coopération sécuritaire, rappelle Michael Milhstein, responsable du Forum des études palestiniennes au Moshe Dayan Center de l’Université de Tel Aviv. C’était d’ailleurs le cœur de la stratégie de la stabilité en Cisjordanie, et là, nous sommes dans une situation tout à fait nouvelle. »

Mais si cette coordination permettait de déjouer les attaques sur le sol israélien, elle servait aussi à Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, en réprimant ses opposants, notamment ceux du Hamas, continue Michael Milsteinn : « On risque donc de se retrouver avec une Autorité palestinienne encore plus affaiblie qu’elle ne l’était début mai. »

Et même s’il s’agissait de l’unique moyen de pression qu’il restait à Mahmoud Abbas, il prend aussi le risque de voir s’effondrer toute l’administration qui lui assure son train de vie confortable.