Des milliers de femmes dans près de 400 villes aux États-Unis ont marché ce samedi contre la nomination de la juge conservatrice Amy Coney Barrett à la Cour Suprême.Cette fervente catholique de 48 ans, mère de 7 enfants, pourrait être nommée par Donald Trump avant l’élection du 3 novembre en remplacement de Ruth Barber Ginsburg, décédée le 18 septembre dernier. La Cour Suprême serait alors solidement ancrée dans le camp conservateur (6 juges contre 3) pendant des décennies.

Un des enjeux de cette confirmation : le droit à l’avortement au niveau fédéral. Si la loi Roe versus Wade venait à être remise en cause, et renversée par la Cour, les États seraient alors libres de voter indépendamment l’interdiction de l’avortement sur leur territoire.

Dans le Kentucky, un état très conservateur de la « Bible Belt » (la ceinture de la Bible), la majorité républicaine locale a déjà réussi à interdire l’ouverture de tout nouveau centre pratiquant l’avortement. Il pourrait bien devenir le premier État sans aucun accès à l’IVG, puisqu’il n’existe déjà plus qu'une seule clinique pratiquant l'avortement sur son territoire. Reportage de notre correspondante à Louisville.

Ils sont là, tous les matins : « Mademoiselle, ne faîtes pas ça ! »Devant la clinique « Des femmes libres » c’est son nom, des militants anti-avortement tentent de dissuader les femmes qui viennent ici se renseigner ou se faire avorter. Ils prient et récitent les mots de l’Évangile, devant d’épouvantables photos de fœtus morts. Sur le panneau que tient Tanneur, trentenaire moustachu, charpentier de métier et pasteur protestant, on peut lire : « Ici on tue des bébés, donnez-les-moi plutôt, je vais les adopter. »

« Ce matin encore j’ai marché aux côtés de pères pour leur dire d’aller chercher leur femme à l’intérieur, d’aller chercher leur bébé, parce qu’il a de la valeur ! Dans notre culture, on croit désormais à ce mensonge selon lequel un enfant est un poids dans la vie, mais Dieu nous dit que les enfants sont un don. »

Et pour ce père de 5 enfants, qui votera Donald Trump aux prochaines élections, aucune raison ne justifie un avortement. « D’un point de vue Biblique, je crois que si un homme viole une femme, c’est lui qui doit être condamné à la peine de mort, pas l’enfant innocent. »

Les militants pro-avortement sont là eux aussi, et ils portent des brassards oranges pour se distinguer, et se proposent d’escorter les femmes jusqu’à la clinique pour éviter qu’elles ne se fassent littéralement happer par les militants anti-avortement.« C’est un choix personnel et personne ne devrait décider à ta place, voter en ton nom, ni même te faire part de ses opinions sur ce que tu veux faire de ta vie. Ça ne les regarde pas. »

Clarence travaille dans le secteur hospitalier. Accompagnatrice bénévole pour la clinique depuis 3 ans, elle est globalement inquiète. « Le droit à l’interruption volontaire de grossesse est attaqué à travers tout le pays. Et avec la nomination de Amy Conney Barret à la Cour Suprême, certains disent " vous êtes trop stressés, elle ne va pas renverser l’arrêt Roe versus Wade " qui a légalisé l’avortement, mais de fait elle pourrait faire passer l’idée qu’il n’est légal qu’avant six semaines de grossesse par exemple, quand on n’entend aucun battement de cœur. Ce qui, de fait, revient à bannir l’avortement. »

Selon plusieurs sondages menés ces dernières années, 10% des Américains souhaitent interdire l’avortement. En réalité, 3/4 des Américains veulent qu’il reste légal dans tout le pays, mais qu’il y ait davantage de restrictions. Un minimum de 24 heures de réflexion avant la procédure médicale par exemple, ou encore une réduction du délai maximum d’avortement qui est de 20 semaines de grossesse dans la plupart des états, 1/3 des Américains voudraient qu’il soit ramené à 12 semaines, comme c’est le cas en France par exemple.

À noter que la recherche sur l’embryon est également moins réglementée aux États-Unis qu’en Europe, et que la vente de fœtus avortés à des fins de recherche est légale. Des sujets d’éthique complexes, sensibles, que les politiques et les médias résument souvent à un choix manichéen, « Pour ou contre » l’avortement.