Au cours de leurs derniers jours de campagne, Donald Trump et Joe Biden ont tous deux fait un tour en Floride, un État clé qui pourrait faire basculer le scrutin. Les scores y sont toujours serrés, et les deux partis se disputent les voix de l’importante communauté hispanique. Pour contrecarrer le vote des Cubains, traditionnellement ancré côté républicain, les démocrates misent sur l’importante communauté portoricaine.

De notre envoyée spéciale à Orlando,

Les Portoricains représentent désormais le groupe le plus important au sein de la communauté hispanique de Floride. 300 000 d’entre eux sont arrivés après le passage de l’ouragan Maria qui a ravagé l’île en 2017, et la majorité s’est installée dans la banlieue d’Orlando. Titulaires du passeport américain, il leur suffit de s’inscrire sur les registres électoraux pour pouvoir voter dans cet État crucial. « C’est un électorat qui penche pour le parti démocrate, mais leur vote n’est pas acquis et la communauté compte de nombreux évangéliques qui restent attachés aux valeurs conservatrices », détaille Alex Bario, directeur politique d’Allianza for Progress une association qui tente de mobiliser l’électorat portoricain derrière le candidat démocrate.

Le défi n’est pas évident à relever. « En arrivant ici, les Portoricains ont tendance à penser que le monde politique est terrible, corrompu et cynique, ils ne veulent pas s’impliquer. La participation des Portoricains aux élections est plutôt basse » explique le militant, qui affiche cependant une certaine confiance : « Cette année ils voteront, d’abord à cause de la pandémie. Elle est dans tous les esprits. Les Portoricains travaillent dans l’industrie des services, notamment chez Disney et les autres parcs à thème de la région, et ils ont été durement affectés par la crise. Mais ils ne peuvent pas se permettre de rester à la maison devant un ordinateur avec leurs enfants. Beaucoup n’ont même pas accès à internet. Tout cela à cause de la pandémie. Ils ne vont pas voter pour remercier Donald Trump ! » Les Portoricains de Floride, souvent démunis d’assurance maladie, respectent scrupuleusement les mesures de précautions sanitaires et jugent avec sévérité la légèreté avec laquelle le président traite la pandémie de coronavirus.

« Un manque de respect qui reste dans les mémoires »

« Le président américain fait figure de repoussoir auprès de la communauté », confirme Emilia Bonia. Cette élue au conseil du district de cette banlieue d’Orlando, d’origine portoricaine, estime que l’arrivée massive de Portoricains après le passage de l’ouragan Maria a changé la donne politique au centre de la Floride. « Tous ces gens n’ont pas oublié la manière dont le président Trump a traité l’île. Ils attendent toujours l’aide qui a été promise et les Portoricains se souviennent que lorsqu’il est venu sur place, le président a jeté du papier toilette à la foule. C’est un manque de respect qui reste dans les mémoires », assure-t-elle.

L’image de Donald Trump qui lance du papier toilette aux Portoricains affectés par l’ouragan a été exploitée par Barack Obama lors de son déplacement fin octobre en Floride. L’ancien président démocrate, envoyé sur place pour tenter de mobiliser la communauté portoricaine, a aussi rappelé que le locataire de la Maison Blanche avait envisagé de vendre l’île, alors que ses habitants militent plutôt pour acquérir le statut d’État et renforcer leur appartenance aux États-Unis.

L’aversion pour Donald Trump ne se transformera pas nécessairement en vote massif pour Joe Biden. Selon un sondage, le candidat démocrate recueillerait 66% des voix portoricaines, quand Barack Obama en avait obtenu 80%. Et la difficulté principale reste la mobilisation de cette communauté plutôt méfiante à l’égard de la politique : le taux de participation au vote par anticipation dans les deux comtés qui comptent le plus de Portoricains en Floride reste inférieur à celui du reste de l’État.