En Russie, les mesures de confinement sont progressivement levées. Mais un phénomène persiste : celui du retour à la datcha. Ces résidences secondaires, très répandues en Russie, ont servi de refuge durant l’épidémie pour des millions de Russes qui s’y sont installés et qui en ont redécouvert les charmes. Reportage dans la région de Moscou de notre correspondant.

« Je m’appelle Viktoria, j’ai 24 ans, je travaille pour une maison d’édition. Mes parents ont construit cette datcha à la fin des années 90. A l’époque, mon frère et moi on avait de l’asthme et il fallait que l’on puisse respirer l’air pur, en dehors de Moscou. »

C’est à la mi-avril que Viktoria décide de s’installer ici, dans la datcha de ses parents, non loin d’Istra, à une trentaine de kilomètres à l’ouest de Moscou. Pour échapper, nous dit-elle, au coronavirus et aux mesures de confinement, décidées alors par les autorités.

« C’est ici que je travaille, c’est mon bureau, et je m’y sens très bien. De temps en temps, je lève les yeux de mon écran, et au lieu de voir quatre murs, j’aperçois la forêt, la colline en face. »Et votre employeur est d’accord pour que vous continuiez comme ça, en télétravail ?« En fait il nous a dit que tout le monde était resté aussi efficace qu’avant et qu’il ne comprenait pourquoi il louait encore des bureaux ! »

Viktoria a pris goût à cette nouvelle vie. Et bien que les mesures de confinement soient levées à Moscou, elle souhaite rester à la datcha. Et pour cela, elle va même installer de nouvelles canalisations afin de la rendre plus confortable.« Comme ça on pourra installer un lave-vaisselle, et puis une douche, parce que pour le moment, elle est à l’extérieur, avec de l’eau de pluie qui chauffe au soleil et ce n’est pas évident, quand le temps est mauvais ! »

A l’étage un canapé aux couleurs passées, et guitare posée dans un coin. Comme à l’époque soviétique, la datcha redevient un refuge, loin de la ville. Un retour en grâce pour ces résidences secondaires qui avaient perdu en popularité ces dernières années.« C’est vrai que pour beaucoup de personnes de ma génération la datcha c’était un peu la corvée, un endroit où tes parents, ou tes grands-parents te forçaient à venir, mais depuis le coronavirus, l’image de la datcha a changé. Si tu vas sur Instagram, tu te rends compte que tout le monde est à la datcha, et que maintenant c’est la classe d’y être, c’est de nouveau à la mode. »

Avec la crise qui se profile, la datcha représente également un enjeu économique. Beaucoup de Russes y font pousser les légumes qu’ils mettent en conserve pour les mois d’hiver. Et pour les plus modestes d’entre eux, c’est une raison supplémentaire de se réapproprier ces datchas qu’ils avaient délaissées ces dernières années.