Le Japon a un nouveau Premier ministre : Fumio Kishida, investi ce lundi 4 octobre par le Parlement. Il succède à Yoshihide Suga, qui dirigeait le gouvernement depuis un an. Ce centriste de 64 ans a remporté mercredi dernier la primaire organisée par le parti au pouvoir à Tokyo. Mais Fumio Kishida a du pain sur la planche. Même si l'état d'urgence vient d'être levé dans l'archipel, les experts redoutent une sixième vague de l'épidémie dès cet hiver. De plus, bon nombre de Japonais sont désenchantés par la politique. 

de notre correspondant à Tokyo,

La primaire en vue de désigner le successeur de Yoshihide Suga a laissé beaucoup de Japonais indifférents, à l'image de ces Tokyoïtes : « Je serais bien incapable de citer une décision prise par Suga. Je me souviens juste que c'est lui qui a annoncé le nom de la nouvelle ère correspondant à l'empereur Naruhito, Reiwa, ce qui lui a valu le surnom de ''Papy Reiwa'' ».

« Qui était candidat pour lui succéder ? Alors là, je n'en ai pas la moindre idée : je n'ai pas du tout suivi cette campagne. L'actualité en général, et la politique en particulier, ça ne m'intéresse vraiment pas. »

« J'ai trouvé cette primaire irresponsable. Au lieu de débattre, nos politiques feraient mieux d'agir pour résoudre tous les problèmes que notre pays connaît. »
Une défiance envers les politiques accrue par la pandémie
Au Japon, l'abstention atteint un niveau record : près de 50 % souvent, et même 70 % chez les jeunes. La pandémie a encore accru cette défiance envers les politiques, car une majorité de Japonais considèrent que les autorités l'ont mal gérée.

C'est le cas de ce quadragénaire qui tient un bar au centre-ville et qui est particulièrement désabusé : « Tout au long de l'état d'urgence, j'ai suivi scrupuleusement les consignes : ne pas servir une goutte d'alcool et fermer le soir. Résultat : mon chiffre d'affaires s'est effondré. Mais j'ai dû attendre des mois avant de toucher une aide financière de l'État ! Une aide d'un montant dérisoire, en plus ! Nos gouvernants n'ont pas la moindre idée de l'enfer que nous vivons, nous, les petits commerçants, depuis l'apparition du virus. Ils devraient être beaucoup plus à l'écoute des gens, faire preuve d'empathie. C'est ça la politique, idéalement, non ? »

Quelles devraient être les priorités du nouveau gouvernement ? Voici l'avis de quelques passants : « Il doit faire preuve d'inventivité et dessiner des pistes d'avenir. Imaginer des nouveaux chemins de croissance pour montrer que, oui, notre pays peut rebondir après cette crise terrible. Ça, ce serait encourageant ! Et, à mon sens, c'est ce que les gens attendent : y croire, à nouveau ».

« Il serait temps que ceux et celles qui nous gouvernent fassent preuve de leadership. Depuis le début de l'épidémie, les autorités me donnent l'impression d'être à la remorque des événements. Elles réagissent au coup par coup, et souvent laborieusement, faute d'avoir anticipé les choses. J'aimerais plus de professionnalisme, en fait, de la part de nos dirigeants. »

« Un plan de relance. C'est indispensable. L'économie est à terre : sans un tel plan, le Japon va entrer en récession. »

Des élections législatives auront lieu en novembre. Le nouveau Premier ministre a donc très peu de temps pour faire ses preuves. Et aussi pour essayer de changer le regard de ses concitoyens sur l'exercice du pouvoir : à en croire les sondages, près d'un Japonais sur deux ne se reconnaît dans aucun parti politique.