Le nord de l’île d’Eubée - la deuxième plus grande île de Grèce - a été la région la plus durement touchée par la série de violents incendies qui a frappé le pays, avec près de 50 000 hectares de forêts et de terres agricoles partis en fumée. Un désastre écologique doublé d’une catastrophe économique pour ses habitants et, en particulier, pour les agriculteurs de l’île, située au nord-est de la capitale Athènes. 

Dans l’étable ravagée, il ne reste plus qu’un seul cochon. Cinq autres sont en train d’être incinérés en contrebas en compagnie des carcasses d’une trentaine de moutons. Toutes ces bêtes ont péri au cours de l’incendie qui a ravagé le nord de l’île d’Eubée. De leurs cadavres en train de brûler émane une épaisse fumée nauséabonde.

« Je regarde autour de moi et je n’en crois pas mes yeux. Ce qui tient encore debout s’effondrera dès les premières pluies. Nous avons perdu des tas de choses : des outils, des tracteurs, des générateurs, toutes les choses utiles à notre travail... Mais le pire, c’est la disparition des animaux », déplore Charilaos Tertipis, la soixantaine, qui a perdu près de la moitié de son bétail.

Parmi les nombreux arbres calcinés dans la forêt environnante, des pins. Des arbres qui mettent environ 40 ans à pousser. D’où l’inquiétude des producteurs de résine de pins, rassemblés pour une réunion de crise dans le village d’Aghia Anna. Depuis la pelouse du stade de football qui accueille le rassemblement, la vue s’étend sur un paysage calciné.
L'agriculture durement touchée
Installé dans le village de Kourkouli, Giorgos Anagostos est l’un de ces producteurs de résine. « C’est fini, il n’y a plus de travail dans notre village. Plus précisément dans toute la zone de l’île d’Eubée où j’avais l’habitude de travailler. Pour poursuivre mon métier, il faudrait que je me déplace à au moins quatre-vingts ou cent kilomètres d’ici ou que j’aille vivre sur une autre île, détaille-t-il. L’année dernière, avec 12 500 pins, j’ai pu produire plus de 33 tonnes de résine. De toute la Grèce, notre village est celui qui produisait les quantités de résine les plus importantes. À présent, je n’ai plus d’activité. Pour la première fois en huit ans de mariage, j’ai maintenant le temps de boire le café le matin avec ma femme sur le balcon, vous vous rendez-compte ? »

À quelques kilomètres de là, un panneau du bord de route indique qu’il y a ici du miel et du pollen à vendre. Tatouage du visage du Christ coiffé d’une couronne d’épines sur l’épaule, Giorgos Gerogiannis, l’apiculteur, a perdu 300 de ses 600 ruches à cause des feux. « Ça, c’est une ruche d’abeille qui a totalement fondu de l’intérieur à cause de la chaleur de l’incendie. Toutes les abeilles sont mortes. Je ne peux pas les compter, il y en a des milliers. Il ne reste plus rien », regrette-t-il.

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Sur place, malgré les futures aides promises, un certain ressentiment existe. L’ampleur prise par les feux aurait été favorisée par l’arrivée tardive et mal proportionnée des secours, alors que la Grèce faisait face à d’autre incendies parallèles. Quoi qu’il en soit, dans le nord d’Eubée, un mot s’impose aujourd’hui sur toutes les lèvres : la catastrophe.