Un mois après la fin de la guerre dans le Haut-Karabakh, en Arménie, des centaines de familles sont dans l’inquiétude : leurs fils sont portés disparus ou ont été faits prisonniers. Les chiffres exacts ne sont pas connus. Un représentant du Haut-Karabakh évoque 60 soldats et une quarantaine de civils prisonniers. Si l’échange des dépouilles des victimes et des prisonniers est bien prévu dans l’accord de cessation des hostilités signé il y a un mois, le processus, mené avec la médiation du CICR et de la Russie, traîne et les preuves de mauvais traitements des prisonniers se multiplient.

Voilà plus de deux mois que la famille Karapetyan fait face à l'angoisse et à une attente insupportable. L’un des fils, Arsen, 26 ans, engagé comme volontaire, a été capturé dans les premières heures de la guerre. Son père, Vartan, l’a reconnu sur une photo publiée sur les réseaux sociaux, puis sur une vidéo.

« Les images d’Arsen ont été diffusées sur la première chaîne de télévision en Azerbaïdjan, raconte-t-il. On le voit debout, déclarant : "Le Karabakh est azerbaïdjanais !" Ils obligent tout le monde à faire ça. Cette attente est interminable… La guerre est terminée. Est-ce qu’on ne peut pas faire quelque chose pour que ces garçons restent en vie ? Rendez-nous nos enfants ! Mais l’Azerbaïdjan ne veut fournir aucun nom. »

Assise à ses côtés sur le canapé noir du salon, Aïda, les yeux baignés de larmes, interrompt sans cesse son mari pour crier son désespoir. Croix-Rouge, autorités arméniennes : la famille a frappé à toutes les portes et se sent aujourd'hui abandonnée.

« Si c’étaient leurs enfants, ils feraient tout pour les faire revenir. Comment se fait-il qu’ils aient réglé si vite la question des territoires, mais qu’ils n’arrivent pas à obtenir la mise en œuvre du point 8 de l’accord, sur les échanges de prisonniers, s'interroge Aïda. Ils n'ont pas mal pour ces enfants. Si seulement il pouvait passer juste un petit coup de fil, que je l’entende dire : "Tout va bien, maman". De toutes façons, on sait comment ils les traitent. »
Des vidéos insoutenables
Dans un récent rapport, l’ONG Human Rights Watch a dénoncé des traitements violents et humiliants de soldats arméniens par les forces azerbaïdjanaise. Des vidéos insoutenables circulent sur les réseaux sociaux. La Cour européenne des droits de l’homme a été saisie de plusieurs requêtes. Les parties s’accusent mutuellement de ralentir le processus d’échange de prisonniers. Mais pour Richard Giragosian, directeur du Centre d’études régionales à Erevan, c’est surtout Bakou qui met de la mauvaise volonté.

« Selon des sources non officielles proches du Comité international de la Croix-Rouge, on observe un plus grand manque de volonté de la part des Azerbaïdjanais, qui, en tant que vainqueurs de cette guerre, ne se pressent pas pour faire la liste de tous ceux qui sont emprisonnés chez eux », observe Richard Giragosian.

Dans le salon des Karapetyan, le téléphone sonne : « C’est un autre parent de prisonnier », explique la mère, en ne quittant pas des yeux son mari. Près du poêle, les deux belles-filles et le fils aîné, militaire en permission, sont aussi à l’affût. Le père raccroche : « L’Azerbaïdjan vient de publier une liste de 12 noms de prisonniers, annonce-t-il. Arsen n’y figure pas. »