De plus en plus de nouveaux sports font leur apparition à Bagdad. Loin de l'image de conflits et de violences que renvoie la capitale irakienne, ces lieux de détente et de loisirs attirent de plus en plus d'habitants, en quête d'amusement et de nouveaux défis. Mais les obstacles sont nombreux en Irak pour ces nouveaux sportifs. Notre correspondante à Bagdad est allée à leur rencontre.

Sur les bords du Tigre, une petite quinzaine de jeunes Irakiens enfilent leur combinaison de sports nautiques. Ils se préparent pour leur cours quotidien de planche à voile. Jamil, 18 ans, une casquette jaune sur la tête, s'est inscrit il y a quelques mois dans ce tout premier club de la capitale.

« C'est vraiment un sport incroyable ! Personnellement, ça me permet de passer du temps avec mes amis proches, mon coach. Ça permet aussi de rencontrer de nouvelles personnes, d'élargir mes horizons, c'est génial. »

Difficile d'imaginer ces scènes à Bagdad, il y a encore quelques années. A la fin des années 2000, les quartiers alentours d’ailleurs faisaient partie des plus dangereux du pays.

Sur sa planche, Mohammed prend des couloirs de vent et tente quelques acrobaties. Ce jeune Irakien de 20 ans a perdu son père au cours de ces années sanglantes. Aujourd'hui, il veut croire en un avenir meilleur.

« Avant c'était la guerre civile, on ne pouvait pas faire ça. Aujourd'hui c'est différent, c’est moins dangereux, on peut pratiquer, s'entraîner. Et honnêtement, je suis totalement tombé amoureux de ce sport depuis que j'ai commencé. »

« Navigue derrière, viens par ici ! » Installé sur un petit bateau à moteur, Ahmed, l'entraîneur, crie ses instructions. Il prévoit d'emmener ses élèves en Egypte, pour suivre des entraînements plus poussés. Impossible de se professionnaliser en Irak, selon lui.

« Avec notre budget, on ne pas se permettre de nouveaux équipements. Ça coûte beaucoup trop cher. On peut être compétitif, mais on sait qu'on ne peut pas rivaliser à un niveau élevé. »

Le monde du sport ne manque pas d'épreuves, mais elles sont particulièrement nombreuses en Irak. Notamment pour les femmes. De l'autre côté de la ville, une quinzaine de jeunes Irakiennes s'entraînent dans le premier, et le seul club de rugby à Bagdad. Malgré les remarques et les critiques, explique Halah, la capitaine.

« Ça a commencé dès le début quand on a créé l'équipe. On s'entraînait dans une école de sport, et les premières critiques sont venues des étudiants eux-mêmes. Aujourd'hui encore, beaucoup d'hommes, mais aussi des femmes, nous critiquent sur les réseaux sociaux. »

Sur le banc de touche, Fariq Abdallah, le vice-président de la Fédération irakienne fait part de sa frustration.

« Certaines joueuses auraient le potentiel de compter parmi les meilleurs de la région, mais elles font face à énormément de problèmes, car leur famille ne leur permet pas de pratiquer ce sport. »

Beaucoup de chemin reste encore à faire dans le pays. Mais pour ces jeunes Irakiennes et Irakiens, ces nouveaux sports sont déjà de belles avancées voire des outils pour faire changer les mentalités.