Trois ans après la légalisation de l’IVG en Irlande, l’interruption volontaire de grossesse est encore trop peu accessible et trop restreinte, selon les activistes, qui viennent de lancer une campagne contre « les barrières à l’avortement ». Notre correspondante à Dublin a assisté à leur Marche pour le droit de choisir.

Ils sont une centaine, rassemblés devant le Parlement, pour réclamer un meilleur accès à l’interruption volontaire de grossesse. Phoebe a enfilé des gants de boxe pour symboliser son combat contre les barrières à l’IVG : « Il y a un délai de réflexion de trois jours. La limite de douze semaines est très stricte. Trop peu de médecins pratiquent l’IVG et c’est très difficile pour les gens des classes socio-économiques inférieures de se déplacer pour trouver un endroit où aller se faire avorter. C’est toujours très compliqué, même si c’est légal. »

La jeune Dublinoise, militante depuis avant la décriminalisation, n’a jamais eu besoin de demander un avortement. Mais elle a « quelques amies qui ont avorté et, pour être honnête, elles sont toujours traumatisées par cette expérience. Ne serait-ce que de devoir essayer plusieurs cabinets médicaux pour trouver quelqu’un. Ça peut être très dur, surtout si vous ne voulez pas en parler à vos parents et que vous êtes toute seule à gérer ça. »

Helen Stonehouse codirige la principale association de défense du droit à l’IVG, Alliance Rights Campaign. Elle fustige un avortement légal mais toujours stigmatisé et pas assez accessible : « Notre loi sur l’avortement n’est pas faite pour nous aider ; elle est faite pour nous contrôler. Nous ne pouvons exercer nos droits qu’après avoir prouvé que nous avions suffisamment attendu, suffisamment souffert, que notre situation est suffisamment tragique pour nécessiter un avortement. La loi doit être révisée cette année. Rappelez à vos élus que nous sommes toujours là et que nous ne relâcherons pas la pression avant d’obtenir des IVG sûres, gratuites, légales et locales ! »
En 2020, en pleine pandémie, 200 Irlandaises ont dû avorter à l’étranger, à cause des restrictions légales
Emma Hendrick distribue des flyers. Demande n°1 : l’interdiction de manifester autour des cabinets et centres médicaux, pour encourager plus de professionnels de santé à offrir la pilule abortive : « Nous savons que de nombreux médecins refusent de proposer l’IVG, car ils ont peur des manifestants. Ils peuvent être très intimidants pour les patients, avec leurs panneaux représentant de faux fœtus avortés, ils portent des petits cercueils blancs. Les gens vont dans ces centres pour des tas d’autres raisons aussi, reçoivent parfois de mauvaises nouvelles et n’ont pas forcément envie de voir des cercueils en sortant. »

Helen Stonehouse, d’Alliance Rights for Choice, rappelle aussi le devoir d’information du gouvernement : la moitié des patients ne savent pas où demander une IVG. « Il n’y a pas de campagne d’information pour le numéro de téléphone ou le site officiel. Vous pourriez penser qu’il vous suffit d’aller chez votre médecin traitant, mais vu que 90% d’entre eux ne pratiquent pas l’IVG, ce n’est tout simplement pas possible. Tout cela demande de l’argent et des efforts. »

La loi légalisant l’IVG prévoit une révision d’ici la fin de l’année. Le gouvernement n’a pas encore annoncé l’ouverture des consultations.