Le Liban s’enfonce chaque jour un peu plus dans la crise économique. En un an, la monnaie nationale, la livre libanaise, a perdu 80% de sa valeur. Près de la moitié de la population vit désormais sous le seuil de pauvreté, et le pays devrait connaître une récession de 25% cette année. Cette crise économique frappe de plein fouet les Libanais, mais aussi les 1,5 million de Syriens réfugiés dans le pays du cèdre.

Des travailleurs pauvres, qui vivaient pour la majorité d’entre eux de petits boulots, ils se retrouvent aujourd’hui sans travail et sans perspectives.

Nous sommes dans le camp de Kobelios, dans la vallée de la Bekaa, près de la frontière syrienne et nous avons rendez-vous avec Mohammed et Samira, un couple de Syriens qui s’est installé ici, il y a un an. Ils ont dû fuir Alep après que leur maison a été bombardée.

Dans l’explosion, Mohammed a perdu la vue et il ne peut désormais plus subvenir aux besoins de sa famille. Il peut seulement compter sur sa femme mais avec la crise que connait aujourd’hui le Liban, elle non plus ne trouve plus de travail.  : « Quand on est arrivé ici, la situation était bonne. Ma femme travaillait. Puis elle est tombée enceinte. Quand elle a mis notre enfant au monde, elle a dû s’arrêter de travailler pour s’en occuper. Au même moment, la situation économique a commencé à se dégrader… Et ensuite, il y a eu le coronavirus qui n’a fait qu’empirer les choses. Je ne peux plus travailler, ma femme non plus. Nous ne pouvons compter que sur nos voisins qui nous donnent de quoi manger, et des vieux vêtements. Nous avons quitté la Syrie où c’était très dur, mais maintenant, la situation est aussi mauvaise au Liban que là-bas. Je voudrais pouvoir soigner ma cécité, mais le médecin à l’hôpital de Beyrouth me demande 200 dollars par consultation. Je ne sais plus quoi faire. Nous n’avons rien. »

Le handicap de Mohammed accroît la vulnérabilité de sa famille. Lors de notre rencontre, des hommes en charge de la gestion du camp viennent à plusieurs reprises réclamer au couple un loyer d’un million de livres, l’équivalent de 300 euros que la famille n’a pas. « J’entends sans cesse des gens ici qui disent qu’ils veulent abuser de ma femme, la payer pour qu’elle se prostitue. Que de toute façon, je ne verrais rien. Ils profitent du fait que nous n’avons pas le choix. Ça me met très en colère, mais je ne peux rien faire, car je suis aveugle. »

À côté de lui, sa femme Samira détourne le regard. Depuis que son mari a perdu la vue, la survie de la famille repose entièrement sur ses épaules. « Bien sûr que je suis fière d’être la cheffe de famille ! Je dois m’occuper de mon mari et mon enfant. Mais je suis très triste, car sans travail, je ne peux pas subvenir à leurs besoins. Il n’y a pas de travail et personne ne nous aide ici. »

« C’est pour ça qu’on cherche à partir illégalement pour l’Europe, mais pour l’instant nous n’avons pas l’argent pour payer un passeur, raconte Mohammed. Ça coûte 20 000 dollars. Je sais que c’est très dangereux, mais je suis prêt à me sacrifier pour mes enfants. »

« Mais on espère pouvoir partir ailleurs grâce aux Nations unies, car nous ne trouverons jamais l’argent pour payer un passeur », poursuit-elle.

« Si nous trouvons un pays qui veut bien nous aider, dit-il, soigner mes yeux, scolariser nos enfants et nous protéger, nous n’aurons plus besoin de fuir et nous pourrons enfin oublier la Syrie et le Liban. »

Comme la plupart des Syriens présents au Liban, qui ont demandé leur relocalisation dans des pays occidentaux cette année, le dossier de Mohammed et Samira est pour l’instant resté sans réponse. Selon les Nations unies, les trois quarts des 1,5 million de réfugiés syriens que compte le Liban vivent désormais sous le seuil de pauvreté.