Alors que la contagion du Coronavirus augmente un peu partout, la plupart des capitales ne connaissent plus de spectacle vivant, ou si peu. Madrid fait partir d’une exception, puisque ici les autorités régionales ont fixé le couvre-feu à minuit, d’ici peu a 22h. Ce qui permet, outre les bars et les discothèques, de laisser ouvertes les salles de concerts et de spectacle. Exemple emblématique : le Teatro Real, l’Opéra de Madrid, l’un des rares Opéras à rester ouverts et maintenir leur programmation.

Il est 19h15 dans la grande salle de l’Opéra de Madrid. Le célèbre ténor Mexicain Javier Camarena s’apprête à entrer sur scène, accompagné par l’Orchestre symphonique de Madrid. Comme tous les soirs, une voix indique que pour des raisons de sécurité et d’hygiène, la cafétéria est fermée au public. La salle est pleine, conformément aux limitations que s’est imposé l’Opéra, c’est à dire à 65% d’occupation. L’atmosphère est recueillie, on sent beaucoup d’émotion.

Mais, avant tout, l’accent ici est porté sur la prudence. Alexander Morales, d’origine cubaine, est premier violon à l’orchestre symphonique qui joue presque tous les soirs ici. « Dès qu’on entre dans le théâtre, on doit se laver les mains, on change les masques toutes les 4 heures, on maintient les distances, aussi bien dans les ascenseurs que dans les couloirs, on ventile beaucoup, au point que parfois on a un peu froid », témoigne-t-il.
Des mesures de contrôle sanitaire strictes
Aucune autre institution culturelle n’a pris autant les choses au sérieux en termes de sécurité sanitaire, ce qui permet à l’Opéra d’être ouvert depuis juillet et de ne pas avoir changé sa programmation. Grâce surtout au soutien de ses sponsors, le Teatro Real a ainsi investi 900 000 euros pour adapter ses infrastructures à la menace que fait peser le virus. Tout est systématiquement désinfecté ; à l’entrée, une infirmière prend la température de tous les spectateurs et enregistre leurs données personnelles, histoire de pouvoir remonter à eux, en cas de contagion.

L’un des risques, bien sûr, c’est celui existant entre les musiciens et les chanteurs, qui passent beaucoup de temps ensemble, proches les uns des autres. D’où l’importance du dépistage. « Pour les répétitions, on réalise des tests de façon très habituelle. De fait, il ne se passe pas 2 ou 3 semaines sans que l’on fasse des tests. Et c’est un succès, car jusqu’ici on n’a pas eu de cas de contagion », explique Gema Gonzalez, qui joue du piccolo dans l’orchestre symphonique de Madrid.
Pas de perte de revenu pour les 300 salariés
Demeurer ouvert et maintenir la programmation, cela a été, et c’est toujours, un défi très important en ces temps d’incertitude sanitaire. Mais, pour le président du Théâtre Gregorio Marañon, il fallait le faire impérativement : « on a ouvert le 1er juillet avec une Traviata pour dire que la culture ne s'enferme pas dans la sécurité d'une maison fermée. »

Maintenir le cap de la culture, et ce même si c’est réellement difficile, comme le souligne le directeur général de l’Opéra, Ignacio Garcia-Belenguer : « malgré cette situation difficile, nos abonnés sont très reconnaissants qu’on ait ouvert dès juillet et qu’on leur offre toujours cet espace pour l’Opéra et la culture. »

Contre vent et marées, l’Opéra de Madrid suit donc son bonhomme de chemin, en espérant que les autorités régionales continuent de favoriser la vie nocturne et culturelle. Pour l’heure, cet emblème de la capitale a une fierté : n’avoir mis au chômage technique aucun de ses 300 salariés, et n’avoir diminué aucun salaire.

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