Le Royaume-Uni a définitivement largué les amarres avec le bloc européen jeudi à 23H, heure de Londres, après avoir ratifié un accord commercial post-Brexit trouvé de justesse avec Bruxelles la veille de Noël. Mais de nombreuses inconnues persistent, notamment au sujet du secteur des services. L'avenir de la City en particulier est désormais incertain.

Les slogans publicitaires à la gloire de la City masquent mal l’angoisse existentielle du secteur confronté à la réalité du véritable Brexit.

L’accord commercial entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, arraché à la veille de Noël, fait la part belle à la pêche et à la circulation des biens, mais rien ou presque n’est prévu pour les services, qui représentent pourtant 80% de l’économie britannique. La City, première place financière européenne, aura été complètement éclipsée des enjeux des négociations. Ce qui provoque beaucoup d’amertume parmi ses responsables comme Catherine McGuinness présidente de la corporation de la City : « La politique a primé sur le pragmatisme. Ce n’est pas normal que la pêche soit favorisée à ce point ; entendons-nous bien, c’est une industrie fantastique mais elle n’emploie qu’un nombre infime de personnes alors que la City est l’un de nos plus grands exportateurs avec 2,2 millions d’emplois directs et 75 milliards de taxes pour l’État. »

La City est clairement déçue mais se dit résignée. Privée de son passeport financier européen, elle cherche à obtenir un régime d’équivalences pour pouvoir continuer à vendre ses services. Mais cela dépend du bon vouloir de Bruxelles qui n’a pour l’instant accordé qu’une seule équivalence sur les 40 nécessaires. Un manque d’empressement qui masque mal un enjeu de compétitivité : « Il y a clairement un désir de Bruxelles de transférer un maximum d’activités financières de la City vers l’Union européenne. Mais d’après les données actuelles, cela n’a pas vraiment porté ses fruits, pas à large échelle en tout cas et si un exode devait avoir lieu nous pensons que les business fuiraient plutôt vers New-York ou Singapour. »

Pour l’heure 7 500 postes ont été déplacés vers le continent, loin des 250 000 prédits par la bourse de Londres en 2016. Mais la City craint l’érosion à long terme. Au-delà des seuls services financiers, c’est toute l’activité de services qui va être confrontée à de nouveaux coûts et obstacles bureaucratiques. Sally Jones, du cabinet d’expertise EY, explique qu’à partir du 1er janvier, les qualifications des experts comptables par exemple ne seront plus automatiquement reconnues dans l’Union européenne : « Si je veux exercer en Italie, en Allemagne ou en Espagne, il faudra que j’obtienne à nouveau mon diplôme, ce qui veut dire repasser des examens difficiles et pire refaire trois années ou plus d’expérience professionnelle. »

Boris Johnson a d’ailleurs lui-même admis que l’accord post-Brexit n’allait pas « aussi loin » qu’il l’avait souhaité concernant les services financiers. Son ministre de l’Économie, Rishi Sunak, s’est contenté lui, de faire de vagues promesses afin de « rendre la City la place la plus attractive pour les nouvelles entreprises du monde entier ». Mais il est clair que sans soutien du gouvernement, la City va devoir se débrouiller seule pour amortir les coûts du Brexit.