À Eskilstuna, une petite ville de Suède à une heure de Stockholm, le maire a voulu faire une expérience en instaurant l’été dernier un permis de mendier payant. Un an après, quel est le bilan ?

Pour avoir un premier bilan de la mise en place de ce permis de mendier, un an plus tard, il faut d’abord se rendre… au poste de police. C’est en effet là que les mendiants doivent demander et chercher leur permis. « Vous devez venir ici, remplir un formulaire, payer 325 couronnes – 32 euros – pour un emplacement de 1,5 m2. Vous pouvez alors mendier à cet endroit pour trois mois », explique Thomas Bergqvist, chargé de la sécurité publique.

Pour trouver un mendiant équipé de son permis, en théorie, rien de plus facile. Il suffit de sortir du commissariat et d’aller dans la rue piétonne d’Eskilstuna. « L’endroit le plus proche est juste là, près de cette entrée. Juste maintenant il n’y a personne sur cet emplacement, mais on en a d’autres plus loin, et aussi près de la mairie », indique l’agent.

C’est d’ailleurs là que nous trouvons Adrian, qui accepte de montrer son permis, protégé par une enveloppe. « Ah le permis de la police. Voilà, 320 couronnes, pour trois mois. Moi je gagne 100 couronnes par jour, ce n’est pas beaucoup », explique Adrian.

Limiter le nombre de mendiants

Le maire d’Eskilstuna, Jimmy Jansson, a créé ce permis non pas pour chasser les mendiants de sa ville, mais limiter leur nombre, pour lancer un débat, offrir une échéance à ses familles entières qui vivent dans des voitures ou dans la forêt. Et il a vu des changements : « Certains d’entre eux nous disent que maintenant ils se sentent plus en sécurité, car ils connaissent leur droit, ils ont un contact minimum avec la société. Mais notre but principal est que les gens n’aient plus besoin de mendier. »

Du côté des ONG, cependant, on est plus circonspect. On admet que l’expérience est intéressante, apporte une certaine forme de sécurité. Mais elle ne dissuaderait pas les mendiants de venir, au contraire.

« À Eskilstuna on a près de 60 personnes qui mendient dans la rue et qui viennent de deux villages en Roumanie », explique Tomas Lindros, directeur de la Stadsmission, une organisation chrétienne qui aide ces mendiants, à Eskilstuna. « Ils connaissent la ville, comment demander le permis, les endroits où dormir. Ils ne sont pas moins nombreux, ils se sont juste écartés du centre-ville, pour pouvoir mendier sans permis. »

Le maire Jimmy Jannsson, cependant, ne regrette rien. En tant que social-démocrate, il estime qu’il est de son devoir d’agir, de tenter quelque chose, alors que tant d’autres ignorent cette situation. En un an, 48 permis de mendier ont été vendus à Eskilstuna.