Le mouvement pro-démocratie se rassemble quasiment toutes les semaines depuis plus d’un an. Issus à l’origine des milieux étudiants, les militants, au profil de plus en plus divers, réclament des réformes économiques et constitutionnelles, notamment un contrôle accru du Parlement sur la monarchie. Mais les royalistes ne l’entendent pas de cette oreille. Pour eux, seul un Roi tout-puissant peut garantir la force et l’unité du pays. Ils organisaient cette semaine des contre-manifestations. Ce sont deux visions de la Thaïlande qui s’opposent. 

De notre correspondante à Bangkok,

Rappeurs sur haut-parleurs et discours survoltés, dans cette manifestation du groupe pro-démocratie Thalu faa, de jeunes urbains désœuvrés côtoient des anciens du mouvement paysan des « Chemises rouges ». Tous demandent une réforme en profondeur de la société thaïlandaise, pour permettre un développement économique plus équitable, des lois qui s’appliquent à tous. Ils exigent notamment un contrôle parlementaire sur la monarchie, perçue comme rempart des élites et un frein aux réformes, ainsi que le départ de l’administration militaire, arrivée au pouvoir par coup d’État.

Pour l’historien thaïlandais Thanet Apornsuvan, les agissements des élites ont terni l’image de la monarchie : « À cause de tous ces coups d’État, à cause de tous ces renversements de gouvernements démocratiquement élus, de ces réécritures de la Constitution comme si c’était un vulgaire bout de papier alors qu’elle est censée être notre législation suprême, les élites conservatrices ont abîmé la notion de légitimité politique en Thaïlande en invoquant à chaque fois la protection de la monarchie et en l’utilisant comme une justification de toutes ces actions illégales contre des gouvernements démocratiques. »
Les royalistes durcissent le ton face aux militants pro-démocratie
Mais tout le monde n’est pas de cet avis. À quelques kilomètres des jeunes démocrates, un groupe d’ultra-royalistes a organisé une contre-manifestation. Ici, les tee-shirts sont jaunes, la couleur royale, ou blanc, imprimé du drapeau thaïlandais. Tout le monde ici n’appartient pas aux élites, à l'instar de Somneuk Lakachai, instituteur. Pour lui, le maintien d’une monarchie forte est l’élément qui a toujours su empêcher la Thaïlande de tomber aux mains de puissances étrangères, coloniales ou communistes et surtout, c’est elle qui garantit l’unité du pays.

« La monarchie, c’est ce qui nous aide à vivre ensemble, tous les Thaïlandais. Regardez en France, il y a des tensions avec les musulmans. Prenez l’histoire de Charlie Hebdo par exemple, des dessinateurs se sont moqués de la religion musulmane, des citoyens musulmans ont demandé à ce qu’ils soient condamnés, mais les autorités ont répondu que c’est la liberté d’expression. Alors des musulmans se sont mis en colère et ont tué plus de 10 personnes. Ici en Thaïlande, ça ne peut pas arriver, car le Roi protège toutes les religions de façon égale. »

Les royalistes soupçonnent les démocrates de préparer sous couvert de réforme, une abolition de la monarchie. Ils préviennent qu’ils sont prêts à prendre les armes pour la défendre. Deux Thaïlande apparemment irréconciliables se font face.