A l’origine de cette passe d’arme, la publication vendredi dernier d’un rapport préliminaire du bureau des Nations unies aux droits de l’homme, de 16 pages sur les violences qui ont secoué Kinshasa entre les 19 et 21 septembre dernier. Souvenez-vous, trois jours d’affrontements mortels en marge de manifestations réclamant la tenue du scrutin présidentiel avant la fin du mandat de Joseph Kabila en décembre.
Pour l’ONU, la police, les forces armées de la RDC et la garde républicaine congolaise ont fait « un usage excessif de la force, de la force létale, lors des manifestations de l’opposition ».
L’ONU qui se dit en mesure de confirmer la mort d’au moins 53 personnes lors de ces émeutes dont au moins 48 tués par des agents de l’Etat comme le détaille un article à retrouver sur le site de Radio Okapi… Ce même rapport relève par ailleurs 143 blessés ainsi que 422 victimes de violation des droits de l’homme. Et, selon les relevés de l'ONU, 299 personnes ont été arrêtées illégalement.
Beaucoup de chiffres donc, qui ne sont pas cependant à prendre au pied de la lettre. Les Nations unies précisent en effet qu’ils ne sont pas définitifs. En raison du manque de coopération et d’accès aux lieux de détention, seuls les cas documentés sont rapportés.
« Une tactique surprenante » selon la presse pro-gouvernementale congolaise
Si les autorités de RDC n’ont pas encore officiellement réagi à cette publication, la presse favorable au président Kabila, elle, commente beaucoup. Rappelons d’abord que le gouvernement avait présenté son Livre blanc des violences des 19 et 20 septembre. Il avait alors recensé 32 morts seulement, tous imputables aux manifestants.
Ainsi, pour le Maximum ce rapport « transpire à des lieux à la ronde une campagne de discréditation systématique de l’Etat de RDC et de ses services de sécurité au profit de l’anarchie ». Des affirmations qui méritent, écrit le journal, « quelques questionnements sur la méthodologie de l’enquête onusienne ».
L’article s’étonne notamment de l’identité des enquêteurs onusiens dont les noms ne sont pas cités dans le rapport. Rien d’autre que « activistes rd-congolais des droits de l’homme rétribués au prorata de la gravité de leurs dénonciations généralement partisanes des responsables étatiques en place à Kinshasa ». Le Maximum en veut pour preuve l’absence de mention par une quelconque ONG des violences commises contre les agents de police lors des manifestations.
Pas un mot s’étonne le papier, non plus, sur les pillages et les décès survenus en banlieue de Kinshasa ou bien sur les entrepôts, les banques ou stations-service attaqués. Et quand bien même ils sont le fait d’agents de l’Etat, de tels décès estime Le Maximum sont imputables à une obligation légitime de protection de ces installations.
Dès lors, résume l’article, « la tendance de tout mettre sur le dos de l’Etat congolais et de ses services de sécurité est aussi évidente chez les experts de la Monusco que le nez au milieu d’un visage humain » et d’ajouter ce « rapport vole littéralement au secours des organisateurs » de l’opposition « qu’il tient à disculper contre toute évidence ».
Un tissu de mensonge cousu de fil blanc aussi selon L’Avenir
Provocation et manipulation. Voilà comment résumer le sentiment du quotidien L’Avenir à la lecture de ce rapport.  L'Avenir pour qui « la guerre des chiffres ne fait que commencer ». Une guerre qui « vise à mettre une fois de plus de l’huile au feu, à provoquer le chaos ». Comment comprendre sinon d’après le journal la remise en cause du chiffrage officiel établi par le gouvernement dans son livre blanc, comment le comprendre sinon par la volonté de préparer la population au soulèvement en lui expliquant « qu’elle a les autorités qu’elle ne mérite pas ».
« Faut-il craindre le pire ? » se demande dès lors L’Avenir. Réponse quelques lignes plus tard: « Le Gouvernement ne va pas se lasser de protéger la population ».
Il est vrai cependant que ce rapport vient mettre un peu plus la pression avant l’ouverture demain du sommet de Luanda consacrée à la crise politique en RDC après rappelons-le, la signature d’un accord politique de sortie de crise, toujours boycotté par les principaux partis de l'opposition.