« Après avoir été paraphé la veille à Khartoum, l’accord de paix entre le gouvernement centrafricain et les 14 groupes armés qui sévissent dans le pays a été signé hier à Bangui, relève Ledjely en Guinée. Un document dont tous les signataires disent qu’il est celui qui ramènera la paix et la quiétude. Une paix que les sept précédents accords du même genre n’avait pas su restaurer dans ce pays depuis ces sept dernières années. Mais à cet espoir, quoi que maigre et hypothétique, les Centrafricains, lassés par toutes les cruautés et la barbarie qu’on leur a fait subir ces dernières années, s’accrochent comme le naufragé à sa bouée. Pourtant, ils ne sont pas à l’abri du désenchantement et de la désillusion, estime Ledjely. Car rien n’indique que les dispositions de l’accord que chacun des protagonistes se refuse à livrer sont de nature à favoriser la réalisation du rêve de tranquillité que caressent les pauvres populations. Tout au contraire, eu égard au mystère dont entoure le contenu de l’accord, nous sommes enclins à penser que certaines dispositions ne sont pas forcément avouables. »
Le site d’information La Nouvelle Centrafrique ne croit pas une seconde à cet accord de paix. La Nouvelle Centrafrique qui dénonce l’un des termes de l’accord selon lui, à savoir une « cohabitation politique forcée avec des groupes rebelles rendus encore plus forts. » Et La Nouvelle Centrafrique de s’interroger : « maintenant, qui va poursuivre qui ? Puisque les criminels sont légitimés sous les vivats de tout ce que compte la communauté internationale présente à Khartoum ? N’est-ce pas là ridiculiser la justice, la rendre inutile, la tourner en dérision, et se moquer totalement du sort des milliers de victimes de ces bandes de criminels ? Des morts passés par pertes et profits ? »
Les groupes armés ne parlent que pour eux-mêmes…
Pour sa part, l’ancien diplomate américain Jeffrey Hawkins, dans une tribune publiée par Le Monde Afrique, exprime également des doutes…
« Les faiblesses de l’accord vont bien au-delà des compromis qui auraient été faits à Khartoum, affirme-t-il. Il y a en effet peu de chances que ces négociations mettent définitivement fin à l’instabilité en Centrafrique. D’abord, il y a une asymétrie qui rend la fiabilité de tout accord de cette nature douteuse. Le gouvernement peut parler pour le peuple centrafricain ; les groupes armés ne parlent que pour eux-mêmes. Les milices anti-balaka ont beau dire qu’elles défendent les populations chrétiennes ; les soldats de l’Unité pour la paix en Centrafrique (UPC) les populations peules et les guerriers du Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC), les gens du nord-est du pays, la vérité, pointe Jeffrey Hawkins, est que les groupes armés ne représentent aucune idéologie, aucune aspiration régionale ou nationale, aucun projet pour l’avenir. Ce ne sont que des bandits et des coupeurs de route qui ont largement profité de la guerre. Les changements rapides d’alliances observés ces dernières années le montrent bien. Leur objectif était la violence et le butin. Et si eux "font la paix", d’autres viendront certainement après. L’absence de l’Etat à l’intérieur du pays est une invitation permanente au pillage. »
Trop de secrets…
Le Pays au Burkina est tout aussi circonspect : « on peut se demander si les groupes armés vont se muer en anges pour accompagner l’Archange Touadéra dans sa difficile tâche de reconstitution d’un tissu social en totale décomposition. Rien n’est moins sûr. D’autant plus que les Centrafricains nous ont souvent habitués à des retournements de situation et autres volte-face dont eux seuls semblent avoir le secret. Et comme jusque-là, l’on ne connaît pas le contenu dudit accord, l’on ne serait pas surpris qu’un jour, il soit encore remis en cause par l’une ou l’autre des parties signataires. En tout cas, bien malin qui saurait dire à qui profite la chienlit en RCA. »
Justement, Aujourd’hui, toujours au Burkina, s’interroge sur le secret qui entoure les clauses de l’accord… « Le mystère qui plane sur cet accord, tel un voile noir sur le canari d’un féticheur de la forêt Oubangui-Chari laisse perplexe quant à ses chances d’être observé à la lettre. Les combattants des 14 groupes armés sont-ils au courant des clauses ? Quand est-ce que celles-ci seront rendues publiques ? Et le jour où elles le seront, quelle sera la réaction des Centrafricains ? Qui pour franchir sincèrement cette porte étroite, c’est-à-dire jouer franc-jeu afin de sauver la RCA, ou ce qu’il en reste ? »