« La facture du cynisme est lourde, soupire Le Soleil à Dakar : 28 morts et une centaine de blessés. Les attentats de Ndjamena, après les raids sur les bords du lac Tchad, portent les marques de la douleur et de la provocation. Il est question de douleur, parce que les auteurs ont choisi des symboles de la sécurité publique : un commissariat central et l’école de police. Il est question de provocation, parce que la ville touchée par ces attentats est la capitale d’un des pays engagés dans la riposte à Boko Haram. Les attentats n’ont pas fait l’objet d’une revendication. Malgré tout, pointe Le Soleil, les regards se tournent vers le groupe jihadiste. Depuis le mois de février, le Tchad s’illustre comme une des têtes de pont de la coalition mise en place pour contrer la progression des islamistes. Ses troupes se distinguent dans la guerre au sol, épreuve la plus redoutable dans la lutte contre des groupes armés plus ou moins organisés, avec des ramifications toujours pas évidentes. »
En effet, renchérit Le Pays au Burkina, « l’hypothèse de la piste Boko Haram trouve toute sa pertinence. De fait, il est difficile de ne pas faire le lien entre ces actions kamikazes et ces “fous d’Allah” et cela, pour deux raisons. D’abord, il y a le modus operandi : les porteurs d’explosifs ont agi à moto, une pratique bien connue chez Boko Haram. Ensuite, il y a le fait que le Tchad a fait subir à la nébuleuse islamiste de cuisants revers depuis qu’il s’est engagé à casser de l’islamiste, aux côtés du Nigeria et du Cameroun. Le ténébreux Shekau, pour qui cet affront est certainement resté en travers de la gorge, peut à présent jubiler, relève encore Le Pays, de savoir que son action en représailles contre Ndjamena a fait mouche ! Il peut d’autant plus savourer son petit lait que Boko Haram se métastase en Afrique centrale. »
 
Et le quotidien ouagalais de s’interroger : « en fauve blessé, comment réagira le vieux lion Deby dans le sahel tchadien ? Rugira-t-il à la hauteur de la blessure ? En tout cas, un constat pour le moins amer est là : le fantôme est désormais dans la maison. Et pour l’en extirper, la tâche ne sera pas de tout repos. »
 
D’autres attentats ?
 
Attention, prévient pour sa part Aujourd’hui, toujours à Ouaga, ce type d’attentats pourrait bien survenir ailleurs… « A maintes reprises, rappelle le journal, Boko Haram a menacé les présidents Issoufou du Niger et Biya du Cameroun et la France. Cet attentat en plein cœur de la capitale tchadienne est-il un avertissement à grand frais à tous ces pays ? Avec Boko Haram, tout est à prendre au sérieux, surtout que la vague impression que ce sont peut-être les derniers spasmes d’un monstre est proche, vu les forces coalisées à son encontre. »
 
A Ndjamena, souligne Aujourd’hui, « une vigilance accrue devrait être de mise et des opérations urbaines, mettant à contribution la population, devraient être lancées pour éviter que cela n’arrive plus. Toutes les autres capitales d’Afrique devraient aussi être en alerte pour parer à toute éventualité. Cet incident commande que la force multinationale soit mise en place le plus tôt possible, pour éviter que Boko Haram n’essaime à travers le continent ou ne réorganise ses forces. »
 
Riposte ?
 
En attendant, les tchadiens ont vigoureusement réagi, rapporte le site d’information Guinée Conakry Infos, d’abord par la voix du porte-parole du gouvernement, Hassan Syla : « rien ne pourra ébranler la quiétude du peuple tchadien qui ne cédera jamais à la terreur, a-t-il dit. Le gouvernement poursuivra sans relâche les terroristes de Boko Haram. La secte nigériane s’est trompée de cible et elle rencontrera les forces tchadiennes sur tous les chemins ! »
 
Commentaire de Guinée Conakry Infos : « le président Idriss Deby ressent ces attentats jihadistes comme un affront politico-militaire qu’il se doit de relever. Rapidement. Efficacement. Au risque de laisser sa crédibilité à la merci des envahisseurs d’un soir. Alors, le gouvernement tchadien veut sérieusement préparer la riposte, en associant les populations qui sont invitées à la vigilance : le message des autorités est clair : “vous êtes désormais avertis, vous êtes appelés à dénoncer toute personne suspecte et étrangère dans votre communauté. Les services de renseignements seront à vos côtés et une cellule de crise dont vous êtes partie prenante est déjà mise en place”. »
 
Et le site d’information guinéen de conclure : « le Tchad devra garder une intelligence sereine pour ne point précipiter une action ratée qui ferait le lit de probables déculottées qui pourraient porter un coup dur au mythe de l’invincibilité de l’armée tchadienne en Afrique. »