C’est Jeune Afrique a qui donné la nouvelle hier soir : « Emmanuel Macron se rendra le 20 décembre à Bamako. Il y sera reçu par le colonel Assimi Goïta, le président de la transition malienne. Cette rencontre intervient après des mois de fortes tensions diplomatiques entre les deux pays. »

En effet, croit savoir Jeune Afrique, « lors de cet entretien, il sera essentiellement question des tractations autour de la possible arrivée des mercenaires russes de Wagner au Mali et de l’organisation des élections censées mettre fin au régime de transition. Emmanuel Macron tentera une nouvelle fois de dissuader son hôte de passer tout accord avec le groupe paramilitaire sous peine de s’exposer à de lourdes sanctions internationales. Partageant la fermeté de la CEDEAO, il lui répètera aussi l’importance de tenir des élections d’ici à la fin du mois de février, comme il s’y était engagé au début de la transition. Lors d’un sommet à Abuja, le 12 décembre dernier, les chefs d’État ouest-africains avaient annoncé qu’ils décideraient de nouvelles sanctions si rien n’était fait en ce sens d’ici au mois de janvier. »
Le calumet de la paix ?
Dans la presse malienne, c’est la stupeur…

« L’annonce en a surpris plus d’un, s’exclame Malikilé : il n’est un secret pour personne que le courant ne passe pas entre les deux hommes. » Il ne s’agit « ni d’une visite officielle ni à plus forte raison d’une visite d’Etat, relève le site. Formellement, Emmanuel Macron est en route pour Gao pour partager un dîner de Noël avec les troupes françaises encore basées dans cette localité. Bamako ne serait donc qu’une escale ? Ou le dîner de Noël ne serait qu’un prétexte pour maquiller la forte nécessité de rencontre entre les deux hommes ? En toute hypothèse, conclut Malikilé, il reste à savoir si le voyage du président Emmanuel Macron sera l’occasion de fumer le calumet de la paix, de faire une paix des braves c’est-à-dire une entente à des conditions honorables pour tous ou si au contraire c’est une algarade au sommet sur fond d’ultimatums et de menaces qui prévaudra. On saura lundi. »
Coup de poker ?
« L’incroyable voyage d’Emmanuel Macron au Mali », s’exclame pour sa part le site Mondialafrique repris par Malijet . « Pourquoi ce voyage ? », s’interroge-t-il. « Il s’agit clairement pour le président français de retarder à l’arrachée l’arrivée des mercenaires russes à Bamako, du moins jusqu’à la fin de la campagne présidentielle. Des images de sécuritaires maliens et russes au cœur de ce Mali où la France, à grands frais, a envoyé des milliers de soldats français, serait une totale humiliation pour les dirigeants français. Emmanuel Macron tente un coup de poker, comme il aime le faire dans le domaine international. Il n’est pas certain qu’il remporte la mise, estime Mondialafrique, tant un sentiment anti français tenace s’est développé au sein d’une opinion publique malienne qui pourrait bien se manifester durant ce voyage. »
Vers un gentleman agreement ?
Justement, « que va chercher Jupiter dans cette galère ? », s’interroge en écho le quotidien Aujourd’hui  à Ouagadougou. Réponse : Emmanuel Macron « devrait essayer de ramener les putschistes à la raison, notamment sur l’organisation des élections, malgré la défiance et le fait qu’un ressort s’est cassé entre la France et le Mali. »

Et le quotidien burkinabé de s’interroger : « Jupiter et Goïta sont-ils condamnés à s’entendre, ou à trouver un gentleman agreement ? Le Mali et la France, bien qu’il y ait mille raisons d’un divorce, seront-ils forcés de faire taire leurs divergences ? En tout cas, on peut dire que le Mali marque un petit point par rapport à la France, car après la tempête politico-diplomatique, c’est bien Macron qui va chez Goïta, ce dernier jusque-là jugé infréquentable par Paris. Mais cette courte échelle, il ne faudrait pas en abuser, conclut Aujourd’hui : le Mali et le Sahel ne sont pas dans une bonne posture sur de nombreux plans, à commencer par la sécurité. Or quoiqu’on dise la France demeure un allié précieux. »
Wagner et l’or malien…
Enfin, Le Monde Afrique publie une longue enquête sur le mode opératoire de la milice russe Wagner en Afrique. Une enquête qui confirme les nombreuses exactions du groupe paramilitaire, notamment en RCA et en Libye. Et qui dévoile aussi que des membres civils du groupe Wagner sont déjà au Mali : un géologue et un juriste qui s’intéresseraient de près à des gisements d’or…