Le roi des Belges, Philippe, arrive ce mardi 7 juin au matin dans la capitale congolaise, accompagné notamment de la reine Mathilde et du Premier ministre Alexander de Croo.

« Une visite reportée à plusieurs reprises, notamment en raison de la crise sanitaire, relève le site congolais Cas-Info. Un déplacement historique qui verra le roi de Belgique passer six jours en RDC. Le dernier voyage d’un souverain belge remonte à 2010. Le roi Philippe va prononcer demain mercredi un discours devant le Parlement congolais réuni en congrès, avant de se rendre à Lubumbashi puis à Bukavu. »

Cette « visite du roi des Belges en RDC intervient à un moment particulièrement crucial pour la RDC, souligne le Nouvel Observateur à Kinshasa. Un moment marqué par le conflit avec le Rwanda, son voisin oriental. Cette visite se déroule aussi dans un contexte de crise économique et sociale pour la population congolaise, conséquence directe de la guerre en Ukraine, mais également de la mauvaise gestion des richesses nationales par les gouvernants. À côté de ce sombre tableau, poursuit Le Nouvel Observateur, il y a lieu d’ajouter la crise économique et morale savamment entretenue par une classe politique gloutonne, immature et peu soucieuse de la misère et de la pauvreté qui touche les trois quarts de la population congolaise. »
Le lourd héritage du passé colonial
Réaction de quelques Kinois interrogés par le site Actualités CD : « Nous allons lui offrir un accueil chaleureux, affirme l’un. Ce n’est pas parce que le roi vient que nous allons oublier le passé. Les Belges ont tiré des leçons de ce qu’ils ont fait aux Congolais. La vie humaine est sacrée. Maintenant qu’ils nous présentent leurs excuses, nous devons leur pardonner et regarder dans l’autre direction. »

« Cette visite est une repentance, affirme un autre, pour souffler un air diplomatique et politique nouveau pour notre pays. »

Non, estime un autre kinois interrogé par Actualités CD, « la Belgique a colonisé notre pays, et vous savez les résultats de la colonisation. On n’attend rien de son arrivée ici. »

Alors, « Philippe au Congo, à partir d’aujourd’hui, c’est une passerelle pour cimenter un passé cruel et douloureux avec un avenir que Congolais et Belges espèrent prometteurs », commente pour sa part le quotidien Aujourd’hui au Burkina Faso.

« La Belgique et la RDC ont tout à gagner de relations saines et cordiales, renchérit Le Pays, toujours à Ouagadougou, plutôt que de passer leur temps à ressasser un lourd passé colonial auquel on ne peut plus rien changer. C’est dire s’il faut savoir avancer. »
Pas de coup de baguette magique !
Les relations entre les deux pays ont donc connu « des hauts et des bas », souligne Afrikarabia, site spécialisé sur la RDC : « la fin du mandat de Joseph Kabila avait été particulièrement agitée entre Bruxelles et Kinshasa, rappelle le site. La Belgique avait fortement contesté le maintien au pouvoir du président Kabila au-delà des délais constitutionnels, jusqu’à suspendre sa coopération. (…) Son départ et la victoire surprise de l’opposant Félix Tshisekedi a changé la donne en 2019. Le nouveau président congolais s’est rapidement rendu à Bruxelles pour renouer les fils d’une relation qui s’était distendue. »

Alors, « pour Bruxelles, ce voyage est surtout une occasion de tourner la douloureuse page du passé colonial avec les Congolais, pointe encore Afrikarabia. En 2020, le roi Philippe avait déjà fait un pas important en regrettant les "actes de violence et de cruauté" commis à l’époque où son ancêtre Léopold II avait fait du Congo sa propriété personnelle. (…) En assumant son lourd passé colonial, la Belgique espère pouvoir renouer sa relation privilégiée avec le Congo. Mais tous ces gestes symboliques semblent bien éloignés des préoccupations des Congolais, relève le site, qui oscillent entre conditions de vie miséreuse et guerre ouverte à l’Est du pays. 78 % de la population vit avec moins de 2 $ par jour, et malgré les richesses de son sous-sol, le PIB par habitant de la RDC reste l’un des plus faibles au monde. La royale visite ne changera malheureusement pas d’un coup de baguette magique les difficiles conditions d’existence des Congolais. »