Après plusieurs semaines de bras de fer en Guinée entre le pouvoir et l’opposition à propos du calendrier électoral, le président Alpha Condé et le principal opposant Cellou Dalein Diallo doivent se rencontrer tout à l’heure en fin de matinée. Les discussions devraient donc porter sur les prochaines élections ; l’opposition réclame l’annulation du calendrier électoral qui prévoit un scrutin présidentiel en octobre et des élections locales en 2016. Les opposants souhaitent la tenue des locales avant la présidentielle. Le pouvoir a déjà dit non…
 
Alors, « peut-on s’attendre au miracle ? », s’interroge le site d’information Guinée Conakry Infos. « Puisque c’est de cela qu’il s’agirait. Parce que du côté de l’opposition, l’annulation du chronogramme programmé par la CENI est non négociable, alors que du côté du pouvoir, le président Condé s’est voulu encore un peu plus explicite en déclarant récemment par rapport à sa rencontre avec Cellou qu’il “discuterait de tout sauf du report du calendrier”. »
 
Dans ces conditions, un accord est-il possible ? Guinée Conakry Infos veut encore croire que oui : « cela ne peut se faire qu’en acceptant de faire des concessions et sortir des clivages mouvance-opposition, pour mettre en avant l’intérêt supérieur de la nation. Cela nécessitera un véritable sursaut patriotique et une humilité personnelle. » Et finalement, conclut le site guinéen, « la question n’est pas tant de tenir les communales avant la présidentielle ou de les reporter, mais plutôt comment sortir de l’impasse pour enrayer le cycle de manifestations couronnées perpétuellement de violences de toutes parts. »
 
« Alpha Condé - Cellou Dalein Diallo : la rencontre de tous les espoirs », s’exclame Ledjely.com, autre site d’information guinéen. « Ces retrouvailles suscitent de grands espoirs au niveau des populations, même si tout le monde a conscience que le résultat qui sortira de cette rencontre dépendra essentiellement de la capacité des deux hommes à faire des concessions et du désir intime de l’un et l’autre de vouloir aider le pays à se sortir de cette nouvelle impasse. »
 
Nombreuses pierres d’achoppement !
 
Les médias guinéens se veulent donc optimistes… Mais dans la presse de la sous-région, on doute, à l’instar de l’Observateur Paalga au Burkina : car il n’y a pas que le calendrier électoral : « entre le président et ses opposants, les pommes de discorde sont nombreuses, pointe en effet le quotidien burkinabé. En cause, de nombreux aspects du processus électoral, comme le fichier et le découpage électoraux, la composition et le fonctionnement de la CENI et de la Cour constitutionnelle, les conditions du vote de la diaspora, la neutralité des préfets et des gouverneurs, etc. Et comme si cette pléthore de pierres d’achoppement ne suffisait pas, les positions entre les deux parties restent tellement tranchées qu’on se demande ce que Condé et Dalein Diallo pourraient bien se dire, quand on sait que, pour le premier, tout est négociable sauf le calendrier qui, pourtant, cristallise l’hostilité et la défiance de son opposition. »
 
La peur au ventre…
 
A la Une également, le Burundi… La contestation se poursuit dans les rues de Bujumbura et si les radios privées restent encore silencieuses, le groupe de presse Iwacu, lui, a repris du service. Sur le site du groupe, le directeur d’Iwacu Antoine Kaburahe s’explique : « le monde des medias paie un lourd tribut, dit-il. Iwacu a eu plus de chance en échappant à la rage destructrice des ennemis de la liberté d’expression. […] Cependant, à la veille des élections, nous devons continuer à travailler, même avec la peur au ventre. Nous refusons la pensée unique car nous savons que les Burundais veulent la pluralité des opinions. […] Personne ne sait ce qui va se passer demain. Mais nous avons pris l’option de continuer notre mission d’informer, malgré les risques encourus. »
 
Déclaration également du président de l’Observatoire de la Presse Burundaise, Innocent Muhozi : « quelle presse ? Il n’y a plus de presse au Burundi, affirme-t-il. Nous sommes tombés dans l’absurdité la plus totale. Des collègues se cachent, d’autres ont fui, et ceux qui sont ici vivent dans l’angoisse. Ce pays est en train d’aller à la catastrophe de manière claire et nette. »
 
Enfin, pour le quotidien Le Pays au Burkina, « les populations Burundaises sont, quelque part, orphelines des médias, surtout des radios privées qui auraient dû leur donner les informations nécessaires à la mobilisation. Mais, elles restent encore debout, s’exclame le quotidien burkinabé. Et si elles parviennent à maintenir la pression, la situation peut toujours basculer. Même la fraction pro-Nkurunziza de l’armée pourrait se voir obligée d’intervenir pour mettre un terme au processus de coup d’Etat constitutionnel du camp présidentiel, si la situation pourrit jusqu’à un certain niveau. » Et Le Pays de conclure : « en revenant au pays après la tentative de putsch et en poursuivant le bras de fer avec son peuple, Nkurunziza court droit vers son destin, celui de tout dictateur : une triste fin. »