« Et maintenant ? » : c’est l’interrogation qui revient le plus souvent dans la presse algérienne depuis l’élection jeudi dernier, dès le premier tour, d’Abdelmadjid Tebboune. L’Algérie a donc un nouveau président, mais pour quoi et pour qui ?

El Watan s’interroge : « aura-t-il les coudées franches pour tenter de désamorcer la crise politique ? Les tenants du pouvoir en place l’autoriseront-ils à aller loin dans sa démarche pour réaliser un réel changement ? Le pouvoir respectera-t-il les conclusions du rapport de la commission de médiation et du dialogue menée par Karim Younès ? Cette dernière avait, rappelle El Watan, suggéré en septembre dernier "une période de transition constitutionnelle juste après l’élection présidentielle". Le même rapport avait aussi proposé "l’ouverture de grands chantiers de réformes, dont l’adoption d’une nouvelle Constitution et la révision de l’arsenal juridique en vigueur". Pour l’instant, Abdelmadjid Tebboune s’est contenté de promettre une révision de la Constitution et de la loi électorale. Mais il a carrément évité d’évoquer une période de transition. »

Il en faudra beaucoup pour convaincre…

Pour Liberté, c’est clair, Tebboune n’est qu’une marionnette… La caricature du dessinateur Dilem est plus que parlante : on y voit une main gigantesque avec une manche galonnée, tenir le nouveau président par le haut du costume et le déposer derrière le bureau présidentiel.

Commentaire de Liberté : « Abdelmadjid Tebboune va devoir entamer son règne avec, sur les bras, un passif lourd, non pas seulement des modalités de son élection dans un scrutin qui aura fait l’objet d’un rejet populaire inédit, mais aussi des dégâts occasionnés par dix mois d’une gestion raide des événements. Des dizaines, voire des centaines de détenus politiques croupissent aujourd’hui dans les prisons d’Algérie. Une amère réalité, déniée jusqu’ici, mais que Tebboune a lui-même reconnue, dès sa première prise de parole en sa qualité de chef de l’État. C’est dire, pointe Liberté, qu’il a sans doute conscience qu’il ne peut pas ignorer les traumatismes provoqués à la collectivité nationale par ce processus qui, au bout, l’aura mené à El-Mouradia. Et que c’est par là qu’il doit commencer : la réparation des dégâts. Abdelmadjid Tebboune évoque "un dialogue" à lancer prochainement, sans toutefois en préciser l’objet, et laisse la porte ouverte à une probable libération des détenus d’opinion. Il lui en faudra beaucoup plus pour convaincre de sa volonté de répondre véritablement aux revendications de la révolution du sourire et de reconquérir une confiance qui, pour l’heure, semble perdue à jamais. »

Tebboune n’a pas les mains libres, renchérit le site ObservAlgérie : « alors que tout le monde s’accorde à dire que le nouveau président est mal élu, il est sans aucune base militante ni assise sociale, ce dernier appelle au dialogue, tout en sachant que les exigences du Hirak n’ont pas pu être satisfaites en raison des décisions du chef d'état-major de l’Armée qui a refusé toute mesure d’apaisement. Ainsi, le nouveau président contesté par la rue semble ne pas avoir les coudées franches pour aller à contresens de la ligne de conduite suivie jusqu’ici par l’état-major de l’institution militaire. »

Répression d’abord, dialogue ensuite ?

Qui plus est, signal plutôt négatif : vendredi dernier, 43e vendredi du Hirak, la répression a été féroce dans les villes de l’ouest algérien, avec des centaines d’arrestations. C’est ce que rapporte notamment le site d’information TSA. « Ce qui s’est passé vendredi à Oran, Tlemcen, Sidi Bel-Abbès, Mascara et d’autres villes est assimilé par beaucoup à un recul, estime TSA, qui ne cadre pas avec le beau discours du nouveau président. [...] Le contraste entre l’envie d’accalmie qu’il a clairement affiché et la répression qui s’est abattue sur les manifestants interpelle. »

Et TSA de s’interroger également : « vers quoi veut réellement aller le pouvoir ? Beaucoup interprètent le fait que la répression n’a touché que les villes de l’Oranie comme un autre pas de franchi dans la stratégie d’isoler le Hirak et de le circonscrire à la Kabylie et à Alger. D’autres estiment que le pouvoir souhaite réellement dialoguer, mais de préférence en position de force, après avoir affaibli la contestation. Quoi qu’il en soit, conclut TSA, il faudra attendre l’entrée en fonction du nouveau président pour percer ses intentions réelles. Après avoir tenu un discours rassurant, il sera maintenant attendu sur ses actes. Le traitement qu’il réservera au dossier des détenus d’opinion sera le premier sérieux test pour lui face au Hirak qu’il courtise. »