Depuis la mort de George Floyd aux États-Unis, asphyxié par un policier blanc, la question du racisme provoque une véritable onde de choc à travers la planète. Avec notamment cette question : faut-il déboulonner les statues de personnages historiques qui ont joué un rôle dans l'esclavage des noirs ? Le débat s'est même porté sur le continent, note Le Pays au Burkina Faso, « en l’occurrence au Sénégal, où des voix s’élèvent pour exiger des autorités qu’elles déboulonnent la statue de Faidherbe installée à Saint-Louis. Quand on sait que nombre de personnages historiques, à qui on a rendu hommage en érigeant à leur mémoire des monuments ou des statues, traînent un lourd passif, on ne peut que comprendre la colère des manifestants, estime le quotidien burkinabè. lls sont dans leur bon droit. Surtout que c’est l’apologie d’un passé douloureux qui est faite. (…) On ose donc espérer, s'exclame encore Le Pays, que le tollé mondial suscité par la mort de George Floyd permettra une prise de conscience des suprématistes blancs et autres racistes qui restent encore nombreux aux États-Unis, en Europe et partout ailleurs. »

« Il faut que quelques symboles tombent ! »

Dans une tribune publiée par Jeune Afrique, l'essayiste et consultant franco-sénégalais, Karfa Diallo, estime que la France doit déboulonner les symboles du racisme. « En déclarant que "la République n’effacera aucun nom ou aucune trace de son histoire", Emmanuel Macron risque d’accroître les tensions exacerbées depuis la mort de George Floyd aux États-Unis, affirme Karfa Diallo. Oui, poursuit-il, il faut que quelques symboles tombent, que les salles de l’Assemblée nationale qui honorent Colbert soient rebaptisées et qu’une rue de négrier soit débaptisée dans chaque ancien port négrier français. Cela ouvrira la voie à une nouvelle écriture mémorielle, en France, mais aussi en Afrique, en dehors de toute diabolisation et de toute victimisation. Une nouvelle victoire contre l’oubli pour approfondir l’exigence démocratique contemporaine. »

Pour une reconnaissance de l'Europe de la traite négrière

Pour sa part, le député européen de la France insoumise, Younous Omarjee propose que le Parlement européen reconnaisse solennellement la traite négrière et l'esclavage comme crimes contre l'Humanité. Il le dit dans Le Point Afrique. « Les huit minutes pendant lesquelles, à Minneapolis, Georges Floyd a dit plusieurs fois qu'il ne pouvait plus respirer ont paradoxalement donné du souffle à ceux et celles qui, à travers le monde, luttent contre le racisme et les discriminations, mais aussi aux Afro-descendants en général, affirme Younous Omarjee. Comme s'ils se reconnaissaient dans cette souffrance, qu'ils ne voulaient plus être étouffés, eux aussi, et qu'ils voulaient faire entendre leur voix. Dans un moment pareil, les actes et les gestes symboliques ont toute leur importance, et le Parlement européen ne peut ni ne doit rester en dehors de ce débat. Ce serait la première fois qu'une organisation internationale reconnaîtrait l'esclavage et la traite comme des crimes contre l'humanité, mais ce ne serait que suivre l'exemple de la France, avec la loi Taubira de 2001. »

À quand la restitution des objets d'art africains ?

Et puis, s'interroge Le Monde Afrique, « est-ce l’effet de la mobilisation mondiale autour de George Floyd ? De la relance du débat sur le passé colonial qui partout fait tomber les statues des esclavagistes ? Vendredi dernier, relate Le Monde Afrique, cinq hommes ont été appréhendés au Musée du quai Branly–Jacques-Chirac, à Paris, alors qu’ils tentaient d’emporter un poteau funéraire Bari datant du XIXe siècle, provenant du Tchad. "Ces biens nous ont été volés sous la colonisation… Ça nous a été pris sans notre consentement, donc je rentre avec à la maison", clamait le meneur du groupe, un ressortissant congolais. »

Pour le nouveau directeur du musée du Quai Branly, Emmanuel Kasarherou, interrogé par Le Monde Afrique, « il faut poursuivre le travail sur la provenance des objets. »

Commentaire du journal : « Le sujet est d’autant plus inflammable que le passage à l’acte se fait attendre depuis la publication, en novembre 2018, du rapport des universitaires Felwine Sarr et Bénédicte Savoy, prônant la restitution à l’Afrique d’une partie de son patrimoine. (…) En France, les verrous politiques et légaux n’ont pas encore sauté. » Exemple : « Le retour "rapide" au Bénin, promis par Paris, de 26 totems et sceptres royaux pillés lors du sac des Palais des rois d’Abomey par les troupes coloniales françaises en 1892 a été différé. (…) Le transfert de propriété est pour l’heure dans les limbes. »