« Le président malien a promis hier la sécurité et la justice à Ogossagou-Peul, relève Maliweb, ce village du centre du pays où au moins 160 Peuls ont été tués samedi par de présumés chasseurs dogons, devant des habitants encore hantés par des scènes atroces. [...]

A son arrivée dans le village, poursuit Maliweb, le Président de la République a été accueilli par les quelques notables qui ont échappé à l’acte terroriste. Après s’être recueilli devant les trois fosses communes, IBK a successivement visité la maison incendiée de l’imam et grand marabout du Village, la maison incendiée du défunt chef du village et d’autres sites sinistrés. »

Aucun politique inquiété…

Avant-hier, IBK a limogé les principaux chefs de l’armée et a prononcé la dissolution du groupe de chasseurs dogons Dan Na Ambassagou, accusé du massacre.

Le Challenger s’interroge : « ces deux mesures répondent-elles aux attentes ? La montagne d’un conseil des ministres extraordinaire, tenu de surcroit un dimanche, a-t-elle accouché d’une souris ? On attend de voir si ces mesures ont été courageusement prises pour apporter des réponses concrètes aux préoccupations de l’heure, ou si c’est juste pour séduire une opinion plus que remontée par les tragédies en série. »

En fait, affirme Jeune Afrique, « ces décisions ne semblent satisfaire qu’à moitié les attentes des Maliens, qui espéraient toujours des sanctions depuis l’attaque de Dioura, qui a coûté la vie à une trentaine de personnes le 17 mars dernier. “C’est un premier signal, mais qui manque à mon avis de puissance, analyse Ibrahim Maïga, chercheur à l’Institut d’études de sécurité de Bamako, puisqu’au niveau politique personne n’a été inquiété, notamment au ministère de la Défense ou celui de la Sécurité intérieure”. [...] Autre crainte : la dissolution de la milice Dan Na Ambassagou. Beaucoup doutent de sa dissolution effective, notamment compte tenu du contexte actuel dans le centre du Mali. “Prendre un décret est un acte, mais le faire appliquer dans le contexte actuel au centre du Mali est autre chose, ajoute le chercheur. Je doute que l’État ait les moyens de désarmer cette milice dans le Centre, surtout que les facteurs qui ont poussé à la création de cette milice sont toujours là”. »

L’Etat a sa part de responsabilité

Pour L’Enquêteur, périodique malien, l’Etat a une grande part de responsabilité dans ce massacre : « dans le communiqué du Conseil des ministres extraordinaire de dimanche dernier, on pouvait lire cette phrase, rapporte le journal : “depuis un certain temps, l’association Dan Na Ambassagou s’est écartée de ses objectifs initiaux, en dépit des mises en garde répétées des autorités administratives locales”. Une phrase qui en dit long, pointe L’Enquêteur, sur la responsabilité de l’Etat dans ce carnage. La question qui taraude les esprits est de savoir : comment un Etat peut convoquer un conseil des ministres extraordinaire pour la dissolution d’une milice armée ? [...] L’Etat peut-il vraiment dissoudre une milice armée ? »

D’où viennent ces armes de guerre ?

Pour sa part, la milice réfute toute responsabilité dans ce massacre et refuse sa dissolution… Et Jeune Afrique de rappeler que « Dan Na Ambassagou reconnaissait jusque-là l’autorité de Bamako, contrairement aux autres groupes armés du Centre, et qu’elle déploie le drapeau malien dans tous les villages où elle est présente. L’administration malienne avait même délivré un récépissé pour reconnaître ce groupe initialement créé pour défendre les Dogons. Mais au lieu de détenir des armes de chasse comme tous les Dozo, Dan Na Ambassagou détient, elle, des armes de guerre dont beaucoup d’acteurs s’interrogent sur leur provenance. »

Prendre le diable par les cornes…

Alors, s’interroge L’Observateur Paalga au Burkina, « au-delà des mesures cosmétiques prises pour donner l’illusion d’une véritable volonté politique, IBK va-t-il maintenant prendre le diable par les cornes pour ramener la paix et la sérénité dans cette communauté martyre ? Une chose est sûre, il faudra plus que la dissolution de la milice d’autodéfense dogon tout de suite pointée du doigt   même si elle s’en défend   et la valse des bérets dans la haute hiérarchie militaire, décidée dès la commission du forfait, pour que la sécurité et la concorde perdues reviennent. »

« L’Etat malien n’a pas le choix, conclut Ledjely en Guinée. La sécurité des citoyens, et de tous les citoyens maliens, est de sa seule et exclusive responsabilité. C’est entre autres, cela sa raison d’être. Et c’est de cette responsabilité-là que le président lui-même tire sa légitimité. Au-delà des larmes de crocodile et de la compassion de façade. »