« Un abandon en plein vol », c’est l’expression utilisée samedi 25 septembre par le Premier ministre malien Choguel Maïga à la tribune des Nations unies et également ce lundi matin sur notre antenne : « La nouvelle situation née de la fin de Barkhane, plaçant le Mali devant le fait accompli et l’exposant à une espèce d’abandon en plein vol, nous conduit à explorer les voies et moyens pour mieux assurer la sécurité de manière autonome avec d’autres partenaires », a affirmé le Premier ministre malien. Commentaire de Maliweb à Bamako : « c’est quasiment un réquisitoire que Choguel Maïga vient de faire à la tribune des Nations unies. Il a, entre les lignes, dénoncé l’inefficacité des forces internationales dans la lutte antiterroriste au Mali. (…) Le chef du gouvernement n’a pas manqué, à demi-mot, de fustiger le chantage des autorités françaises portant sur le retrait de la force Barkhane en cas d’accord d’installation du groupe Wagner dans le pays. »

Bref, pointe encore Maliweb, « Choguel Maïga a tenu un discours de vérité et à la dimension de l’ampleur de la crise multidimensionnelle qui prévaut au Mali depuis 2012. (…) Et certains de ses admirateurs vont jusqu’à entrevoir un accueil triomphal au chef du gouvernement dès ce lundi à Bamako. »
Vassalité ?
Plus largement, Sahel Tribune dénonce ce qu’il considère comme une forme de suzeraineté de la France vis-à-vis du Mali. 

« Après 61 ans d’indépendance, l’ingérence continuelle des partenaires internationaux dans les affaires du Mali prouve que la quête de la liberté et d’auto-administration, qui avait été exprimée et obtenue en principe par les peuples, n’a pas été acquise au sens propre du terme. Le débat et l’agitation des partenaires du Mali après l’annonce de pourparlers entre les autorités maliennes et une filiale du groupe Wagner montrent que le champ de manœuvre des autorités maliennes sur la gestion du pays n’est pas clairement défini dans le protocole d’accord passé entre ce pays et l’ancienne puissance colonisatrice. Mieux, affirme Sahel Tribune, ces réactions montrent que le Mali n’est pas une république souveraine, mais plutôt vassale aux yeux des autorités françaises, au regard des décisions et déclarations de ses officiels après chaque décision des autorités maliennes. La récente venue de la ministre française de la Défense au Mali et ses déclarations en sont la preuve. »
Quel modus vivendi ?
« A la vérité, chacun des deux pays a raison, estime pour sa part le quotidien Aujourd’hui au Burkina : la France, avec la mort du soldat Maxime Blasco ce week-end, portant le nombre de tués de soldats au Sahel à 52, avec les millions d’euros qu’elle a injectés, et le travail de sécurisation qu’elle a effectué depuis 2013, aux côtés des Maliens, la France a fait œuvre utile et a le droit d’émettre son avis quant aux conséquences de l’arrivée impromptue de paramilitaires russes, qui pourraient désaxer la configuration de la défense au Sahel. Elle a le droit de dire que Takuba sera incompatible avec Wagner. En retour, pointe encore Aujourd’hui, les Maliens également ont le loisir de réorienter leur partenariat dès lors que Barkhane plie bagage. Le Mali a le droit de nouer, en tant qu’État souverain, avec le partenaire de son choix, surtout que ça urge sur le plan sécuritaire. »

Et finalement, conclut Aujourd’hui, « la sortie onusienne de Choguel ne fait que braquer les différentes positions, et entre Paris et Bamako, on ne sait plus quel modus vivendi trouver. »
Les Français, les Européens, les Russes… et qui après ?
Enfin, WakatSéra, toujours au Burkina Faso, s’interroge sur les intentions des militaires maliens au pouvoir : « Aujourd’hui, c’est Barkhane, la Minusma et Takuba qui font le boulot. Demain, ce pourrait être la société privée russe paramilitaire Wagner. Et après-demain, vers qui se tourneront les chefs militaires maliens pour faire le travail que leur peuple attend d’eux ? Les Chinois, les Américains, les Cubains…ou qui ? Nul ne le sait encore ! L’un dans l’autre, comme le dit le proverbe bien africain, "dormir sur la natte du voisin, c’est dormir par terre". » Et WakatSéra de s’interroger une nouvelle fois : « Quand est-ce que le Mali, et tous ces pays qui ont donné la responsabilité de leur sécurité et de leur défense à des forces étrangères, retrouveront-ils cette souveraineté perdue et "dormiront" enfin sur leur propre "natte" ? »