Un destin caustique pour une crise diplomatique qui pique. Ali Dilem croque un Macron hurlant : « On ne veut pas de vous ici ». Derrière lui, un Français qu'on devine d'origine algérienne lui tape dans le dos. Et l'interpelle : « C'est à nous que tu parles ? ». La caricature à la Une de Liberté, le journal algérien saisit au vol la crise entre Paris et Alger. La réduction drastique des visas accordés par la France aux Algériens avait déjà jeté de l'huile sur le feu avec Alger, un déjeuner jeudi à l'Elysée entre le président français et les « petits-enfants » de la guerre d'Algérie a fini d'envenimer les choses. « La moutarde est montée au nez de Jupiter », résume Aujourd'hui au Faso. Au cours de ce déjeuner, le président Français dénonçait  « une histoire officielle [...] totalement réécrite qui ne s'appuie pas sur des "vérités", mais sur "une haine de la France" ». C'est « un système politico-militaire qui s'est construit sur une rente mémorielle »...

« C'en est trop pour l'Algérie », écrit le journal burkinabé. Car « l'histoire avec la France a toujours été sensible ». « Fureur » des Algériens pour qui « Macron a franchi une ligne rouge ». C'est « un tabou » et « Macron commet une faute politique doublée d'un sacrilège mémoriel en parlant de la sorte ». Des propos au vitriol, un « dérapage » titre El Watan .

« Une atteinte intolérable à la mémoire 5 millions 630 mille valeureux martyrs » pour la Nouvelle tribune au Bénin qui cite la réaction officielle algérienne. « Un égarement impardonnable, [...] tout comme l'aveuglement [...] pour mieux exonérer cette France autiste, qui refuse de voir en face son terrible passé colonial » tacle une source officielle algérienne citée par Tout Sur l'Algérie. Avant de prévenir : « ça ne restera pas sans conséquences ». Echourrouk prévoit d'ailleurs de « dangereuses répercussions sur l'avenir de la relation bilatérale », dans ce qui ressemble à « la crise la plus grave entre les deux pays depuis plusieurs années », dit encore TSA. Une crise « à la mesure des espoirs déçus d'Emmanuel Macron », y voit Frédéric Bobin dans le Monde Afrique.

 
Et les conséquences sont là : ambassadeur algérien à Paris rappelé et surtout interdiction aux vols militaires français de survoler désormais le territoire algérien
« Ca commence à ressembler à une stratégie plus ou moins concertée visant à étouffer la France au Sahel », commente le Djeli. « La France de Macron n'a pas la cote sur le continent », ajoute le journal guinéen. Car Paris est aussi en « délicatesse » avec Bamako. D'ailleurs ce même jeudi après ce déjeuner élyséen à Paris, le président français a remis le couvert sur le Mali. Le premier ministre malien, Choguel Maïga, dénonçant à la tribune l'ONU « l'abandon de Paris » après la fin annoncée de Barkhane, a suscité l'ire d'Emmanuel Macron. « C'est une honte, ça déshonore ce qui n'est même pas un gouvernement ».

Un Macron qui « fulmine », pour Wakat Sera. « Il se permet de faire la leçon aux "ingrats" dirigeants maliens qui gagneraient à organiser les élections en février prochain », écrit encore le site burkinabé. « Une logique paternaliste et condescendante qui caractérise nos ancêtres les Gaulois » raille Maliweb. « Mais la France peut-elle se fâcher contre tout le monde ? » s'interroge la Nouvelle Tribune. Le journal béninois s'épand sur cette France de Macron qui « se sent trahie par ses alliés, la Centrafrique, le Mali, la Guinée qui sait peut-être demain », maintenant l'Algérie...La France « va devoir ajuster sa politique » au risque de s'isoler.

 
À la une aussi: les Pandora Papers
L'ICIJ, le consortium de journaliste d'investigations et 600 journalistes à travers le monde révèlent depuis hier soir les secrets les plus inavouables de 300 responsables mondiaux, dont 35 chefs d'Etats, y compris africains. Uhuru Kenyatta au Kenya ; le premier ministre de Cote d'Ivoire, Patrick Achi ; Denis Sassou Nguesso au Congo Brazzaville ; ou encore Ali Bongo au Gabon. Voilà quelques noms cités dans ce nouveau scandale international qui n'en est qu'à ses débuts. 

« Alors qu'Uhuru Kenyatta faisait campagne contre la corruption, la fortune secrète de sa famille s'étendait à l'étranger », explique l'enquêteur Will Fitzgibbon. « Ils ont amassé dans des paradis fiscaux plus de trente millions de dollars ». « Explosif », juge le Financial Afrik. Une bombe à fragmentation qui devrait toucher tout prochainement la Cote d'Ivoire, l'un des éminents journalistes enquêteurs ivoiriens promet des découvertes inédites sur son pays.