Réunis à huis clos, à Accra, capitale du Ghana, huit des quinze chefs d’États de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’ouest (Cédéao) ont en effet décidé de geler les avoirs financiers des nouveaux dirigeants du pays et des membres de leurs familles, et de leur imposer des interdictions de voyager. Lesquels membres de la junte, enjoint cette organisation sous-régionale, ne devront pas prendre part aux élections à l’issue d’une transition que la Cédéao ne tolère qu’à la condition qu’elle soit « très courte ». Autre coup de menton de la réunion d’Accra, la demande de nomination d’un premier ministre civil, le président en exercice de la Cédéao, le Ghanéen Nana Akufo Addo, devant se rendre prochainement à Conakry pour exiger la libération inconditionnelle du président guinéen déchu, Alpha Condé. N’en jetez plus !

La Cédéao ? Elle a eu « la main lourde », estime Le Djély. Seulement « voilà qui ne risque pas de plaire (aux) nouvelles autorités guinéennes », prédit ce site guinéen. Car les mutins de Conakry « pourraient avoir une bonne partie de l’opinion publique de leur côté, enchérit Le Djély. Surtout à propos du délai de six mois que la Cédéao fixe pour la durée de la transition. D’autant que ces jours-ci, on a entendu des acteurs proposer jusqu’à 5 ans », complète ce confrère à Conakry.
Chefs d’États ouest-africains, bienvenus au club !
Ailleurs, en Afrique de l’ouest, la presse, sans attendre, lance un avis de tempête entre la junte au pouvoir à Conakry et la Cédéao. Témoin L’Observateur Paalga. Selon ce journal burkinabè, la Cédéao « propose » et les putschistes « disposent » !  Car le « soutien populaire au coup de force » donne une « bonne dose de légitimité au nouveau pouvoir contre la légalité ainsi bafouée », énonce ce quotidien ouagalais. Et L’Observateur Paalga d’estimer que « les sanctions ciblées contre les chefs de la junte et l’appel à une libération hic et nunc d’Alpha Condé font courir un risque d’impopularité à la Cédéao, qui aux yeux de certains de ses citoyens, est un "syndicat des chefs d’Etat" peu au service des communautés de base. »

Témoin encore, cet autre journal burkinabè qu’est Le Pays. Trempant sa plume dans le vitriol, ce quotidien ouagalais bucheronne. « Si la honte pouvait tuer, il y a longtemps que la Cédéao n’aurait pas pu se présenter devant les Guinéens qu’elle a abandonnés, pour ainsi dire, à leur sort face à un impitoyable tyran », en référence, sous sa plume, au président guinéen déchu Alpha Condé. Selon Le Pays, la Cédéao « ne peut pas fermer les yeux en amont sur les dérives autoritaires des chefs d’Etat qui agissent en véritables fossoyeurs de la démocratie et prétendre sanctionner en aval des coups d’Etat militaires, certes condamnables à tous points de vue, mais qui paraissent plutôt salvateurs pour des populations en quête de bonne gouvernance ».  

La Cédéao « syndicat des chefs d’Etat » ? En Côte d’Ivoire, le quotidien Le Bélier ironise. Proche du PDCI, l’ancien parti unique que dirige l’ex-président Henri Konan Bédié, ce journal moque ce matin Alassane Ouattara, qui vient de participer au sommet extraordinaire d’Accra consacré à la situation en Guinée, le président ivoirien – selon Le Bélier - « refusant le dialogue politique » dans son propre pays, tout en voulant « jouer les réconciliateurs ailleurs ».
L’émir est mort, pas l’hydre terroriste
Retour enfin sur l’élimination d’Abou Walid al Sahraoui. Le chef de l'État islamique dans le Grand Sahara, a été tué lors d'un raid aérien de la force française Barkhane, dans la région d'Indelimane au Nord Est du Mali.

Et ce matin, le journal Malikilé se demande en une si l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) est « à l’agonie » ou s’il faut désormais s’attendre à une « radicalisation » de sa part. Car si la mort de son chef « affectera sans aucun doute et sérieusement » cette organisation terroriste, « l’arbre ne doit cependant pas cacher la forêt », prévient ce journal malien. L’élimination de la tête de proue de ce mouvement « ne doit pas être considérée comme la fin du terrorisme dans le Sahel (où) les mouvements terroristes ont toujours fait preuve d’une grande capacité de renaître de leurs cendres. Comme le phénix ou le serpent à plusieurs têtes », formule Malikilé.