Le blocage politique préoccupe les chancelleries occidentales en Côte d’Ivoire. Etant rappelé que la proclamation de la victoire d’Alassane Ouattara à l’élection présidentielle pour un troisième mandat vivement contesté par l’opposition a été précédée de quelques heures par la création d’un Conseil national de transition, présidé par Henri Konan Bédié, cet ex-président ivoirien a ensuite été littéralement assigné à résidence, où une importante délégation diplomatique s’est rendue pour, selon Jeune Afrique, tenter de le persuader de « renoncer » à ce Conseil national de transition.

Ce magazine rappelle pourtant qu’au lendemain de l’élection présidentielle ivoirienne, le président français Emmanuel Macron « avait appelé Alassane Ouattara pour le pousser à adopter rapidement des mesures d’apaisement à l’endroit de ses opposants ».

Impasse battant en brèche la stabilité politique ivoirienne que « la Une » du quotidien Le Patriote illustre, ce journal proche du pouvoir affirmant en effet que Bédié « a perdu la face ». 

Tandis qu’à l’inverse, celle du quotidien Le Nouveau Réveil assure que « Bédié est au travail » et que celle du journal Le Bélier, qui lui est tout aussi proche que Le Nouveau Réveil, souligne que le président Bédié est « déterminé ». 

Côté FPI, le quotidien Notre Voie, « en Une », signale que « la gendarmerie s’installe au domicile d’Affi N’Guessan » où, affirme ce journal, une perquisition a été effectuée hier « sans mandat ».

De son côté, le journal Le Matin affirme « en Une » que l’ancien Premier ministre ivoirien Pascal Affi N’Guessan est « en fuite ! » et le quotidien Le Jour, tout aussi proche du pouvoir ivoirien que Le Matin, assure avec mépris que l’ancien Premier ministre du président Laurent Gbagbo « Affi N’guessan tombe en brousse ».

Asseyons-nous et discutons

Laurent Gbagbo, justement. L’ex-président a fait savoir qu'il avait téléphoné au Premier ministre Hamed Bakayoko pour l'enjoindre d'apaiser la situation. Un coup de fil que L’Intelligent d’Abidjan, proche du pouvoir ivoirien, qualifie d’« initiative majeure de décrispation et de dialogue politique ». Ce quotidien rappelle que Laurent Gbagbo est « le père de la phrase célèbre en Côte d’Ivoire « Asseyons-nous et discutons » », se référant ainsi au « dialogue direct avec la rébellion », lorsqu’il était président de la Côte d’Ivoire.

De son côté, tout en appelant « en Une » les opposants politiques à être « sérieux », le journal gouvernemental Fraternité Matin admet que les acteurs politiques ivoiriens « finiron(t) par (s’)assoir pour discuter ».

« Et si la paix passait par Gbagbo ? », se demande « en Une » le quotidien Aujourd’hui. De son côté, le quotidien Le Temps, lui-aussi proche de l’ex-président de la République toujours « prisonnier » à Bruxelles, comme il se définit lui-même, souligne que Laurent Gbagbo demeure « fidèle à ses idéaux ».

L’Amérique broie du noir, l’Afrique rit jaune

Une fois encore, la presse africaine continue de s’intéresser à l’élection américaine. Pour en rire plutôt que d’en pleurer. Témoin Wakat Sera. Face aux accusations de fraude du camp Trump contre celui de Biden, ce quotidien burkinabè ne manque pas de se réjouir car, selon Wakat Sera, « l’Afrique vient de perdre la palme d’or des élections chaotiques, avec des revendications de victoire et des tiraillements entre candidats. Une place que vient de lui ravir, le pays dit de la démocratie », raille-t-il avec détachement, car si elle est « très passionnante », l’élection américaine « à moins d’un miracle, (ne changera) rien au quotidien du citoyen lambda burkinabè, rwandais, botswanais ou tchadien », soupire ce journal.

Un quotidien d’autant plus désabusé qu’en Afrique, la démocratie élective ne vaut guère mieux, « le virus du troisième mandat confligène à souhait, ( ayant ) piqué des présidents comme ceux de la Côte d’Ivoire, Alassane Dramane Ouattara, 78 ans, et de la Guinée, Alpha Condé, 82 ans, tous des opposants, qui sont devenus de grands prédateurs de la démocratie, transformant leurs pays en cocottes-minute, dont le sifflement n’augure rien de bon pour la stabilité socio-politique de ces pays et de la sous-région », bucheronne Wakat Sera.