Constat établi par le site d’information guinéen Ledjely : « À voir ce qui prévaut aujourd’hui au Mali, en Guinée et en Côte d’Ivoire, difficile de se laisser porter par toutes les prévisions optimistes dont on pare l’avenir du continent africain dans certaines publications. Avec la crise qui a débouché sur le coup d’État du 18 août 2020 à Bamako et le troisième mandat que briguent respectivement Alpha Condé en Guinée et Alassane Ouattara en Côte d’Ivoire, on serait au contraire enclin à accorder du crédit à ceux qui assimilent le progrès de l’Afrique à la marche de l’écrevisse. Un pas en avant, au moins deux pas en arrière. En tout cas, soupire encore Ledjely, ces trois pays, au lieu de s’inspirer de leurs voisins sénégalais, ghanéen et même sierra-léonais, semblent davantage imiter le Cameroun, le Congo-Brazzaville ou encore le Burundi. »

Guinée : une présidentielle à sens unique ?

En Guinée, tout d’abord, va-t-on vers un blocage politique ? Une élection à sens unique ? « L’opposition ira-t-elle au casse-pipe ? », s’interroge le site GuinéeNews. En effet, en Guinée, « la démocratie est guillotinée », s’exclame le site. « La victoire d’un opposant à la présidentielle du 18 octobre ne peut relever que d’une gageure », avec une administration et une Commission électorale aux ordres. Du coup, les partis d’opposition s’interrogent sur leur participation à ce scrutin.

Aminata, autre site d’information guinéen, pointe lui, l’influence croissante de la Chine en Guinée, aussi bien sur le plan économique que politique… « Alpha Condé, qui promettait lors de son élection en 2010 d’être le "Mandela de la Guinée", ne serait-il pas en train d’en devenir le Robert Mugabe sous l’influence du régime chinois ? », s’interroge Aminata. En effet, poursuit-il, « l’Empire du Milieu, avide de matières premières, s’est précipité sur les gigantesques réserves de bauxite du pays, faisant pousser les concessions minières et les usines comme des champignons. Une ruée vers l’or dont la population guinéenne n’a pas vu la couleur, puisque le secteur du minier représente 13% du PIB du pays, mais seulement 3% de l’emploi. » Qui plus est, poursuit Aminata, la Chine ne cache pas son soutien à l’égard d’Alpha Condé.

Côte d’Ivoire : un risque de « guerre civile » ?

Situation tendue également en Côte d’Ivoire avec l’annonce par le président sortant Alassane Ouattara de se représenter pour la troisième fois. Dans une interview publiée ce matin dans Le Monde Afrique, Henri Konan Bédié, l’ancien chef d’État ivoirien, aujourd’hui opposant, déplore la timidité de Paris, alors que plusieurs ténors politiques sont en passe d’être éliminés de la course à la présidentielle du 31 octobre et que des violences ont éclaté. À 86 ans, Henri Konan Bédié apparaît comme le principal candidat de l’opposition. « Compte tenu du passé récent, la violence n’est pas à exclure, affirme-t-il. La Commission électorale indépendante n’étant pas indépendante, nous nous dirigeons vers une élection contestable et non apaisée. La faute de ces violences revient au pouvoir (…). Alassane Ouattara viole la Constitution en se présentant pour un troisième mandat, s’insurge encore Henri Konan Bédié. Sa candidature est illégale et tout le monde le sait. (…) Avec une situation aussi dégradée, on s’achemine vers des troubles importants, prévient encore l’ancien président ivoirien. La crise préélectorale peut déboucher sur une guerre civile sans précédent. »

Mali : vers une concertation nationale ?

Enfin, le Mali toujours dans l’incertitude, après le coup d’État du 18 août. « Brainstorming national ce week-end », titre le quotidien Aujourd’hui au Burkina. « Les diverses composantes de la société malienne vont se retrouver samedi et dimanche pour (tenter de) se mettre d’accord sur la feuille de route qui va encadrer la transition. »

« Ces audiences et visites semblent baliser enfin le terrain pour une concertation nationale inclusive », constate pour sa part L’Indépendant à Bamako. Mais ce que les Maliens attendent le plus, pointe le quotidien malien, c’est un retour à la normale sur le plan économique, car en raison du blocus sur les transactions financières internationales, « une rupture des produits de consommation est à craindre dans les semaines à venir », notamment les denrées de première nécessité.