La Cédéao a haussé le ton jeudi dernier, le 16 septembre. L’organisation ouest-africaine a « coup sur coup exigé la libération "immédiate et sans condition" d’Alpha Condé, fixé le délai de la transition à six mois et infligé des sanctions ciblées – interdiction de voyage et gel des avoirs financiers – au colonel Mamady Doumbouya et à ses camarades. » rapporte le site Ledjely en Guinée

Le contraste est saisissant, relève Ledjely, avec les premières réactions de la Cédéao juste après le coup d’Etat : « les dirigeants des pays de la sous-région s’étaient contenté d’une condamnation symbolique du putsch. (…) Entre les deux sommets, entre les deux déclarations, le décalage est tel qu’à Conakry, on en est à se demander ce qui explique cette subite intransigeance. »

Ledjely avance l’explication suivante : « la pression que la CEDEAO tente de mettre sur les militaires guinéens traduit en réalité à la fois la frustration et la préoccupation que les dirigeants de la sous-région ressentent subitement face à la résurgence des coups d’Etat. (…) S’ils avaient perçu le premier coup d’Etat au Mali comme un accident de parcours, avec le second, et surtout celui de la Guinée, ils commencent à entrevoir une tendance qui monte et qui les angoisse. »

Alors, la réaction des militaires guinéens ne s’est pas fait attendre, pointe WakatSéra au Burkina : « les militaires ont signifié que les affaires de la Guinée se réglaient en Guinée et que les membres du CNRD n’en n’avaient cure de l’interdiction de voyager, tout comme ils n’avaient pas d’argent pour avoir peur du gel de leurs avoirs. Enfin, les nouveaux hommes forts de Conakry ont déclaré qu’Alpha Condé ne quitterait par la Guinée et qu’il était devenu, d’office, un ancien président, sans doute avec les avantages qui vont avec. »
« L’Etat n’existe pas… »
À lire dans Le Monde Afrique, la réaction du philosophe guinéen Amadou Sadjo Barry, professeur et chercheur en éthique des relations internationales. Auteur d’un Essai sur la fondation politique de la Guinée, l’intellectuel guinéen revient sur les causes de la résurgence des putschs en Afrique de l’Ouest. « Double coup d’Etat militaire au Mali en août 2020 et mai 2021, "coup d’Etat institutionnel" au Tchad en avril et, enfin, putsch en Guinée le 5 septembre : pour Amadou Sadjo Barry, cet enchaînement souligne la faiblesse des modèles politiques et institutionnels de ces Etats dits républicains mais incapables de garantir un transfert pacifique du pouvoir. », écrit Le Monde Afrique.

En fait, souligne Amadou Sadjo Barry, en Guinée, « l’Etat n’existe pas. Dans une société dite démocratique, ce sont les institutions qui règlent les différends. Au Mali comme en Guinée, le cadre juridique et institutionnel des Etats n’est pas effectif. S’il l’était, Alpha Condé n’aurait pas pu briguer son troisième mandat. L’armée n’aurait pas non plus été mobilisée pour réprimer des manifestations. Nos institutions ont été plongées dans un grand vide. Elles ont été capturées, assommées par l’arbitraire des individus. » affirme-t-il dans le quotidien français.

À la question du Monde Afrique, « faut-il nécessairement aller rapidement vers des élections ? », Amadou Sadjo Barry répond : « Non. Une transition ne doit pas être simplement pensée dans une logique électorale. Comment expliquer l’empressement à faire prévaloir ce raisonnement à chaque fois qu’il y a un coup d’Etat, alors que le comportement des individus et leur rapport au pouvoir sont malsains ? En Guinée, les institutions chargées d’organiser les élections sont inféodées aux dirigeants et les résultats ont toujours été récusés. Au Mali, les dernières élections ont aussi été contestées. Quelques mois de transition ne suffiront pas à doter ces pays d’un dispositif électoral capable d’arbitrer pacifiquement la lutte pour le pouvoir. »
RDC : démocratie en péril ?
Enfin cette tribune publiée par Jeune Afrique après les violences policières subies la semaine dernière en RDC par Patient Ligodi, le correspondant de RFI, et quelques-uns de ses confrères. Une tribune signée par des journalistes mais aussi par des membres de la société civile congolaise : membres d’ONG, enseignants, chercheurs, juristes, simples militants… « La liberté de la presse est le baromètre idéal pour mesurer la démocratie dans un pays, affirment-ils. Au regard de ce qui se passe actuellement en RDC, tout porte à croire que la démocratie est en péril, ce qui laisse présager une aggravation de la situation à l’approche des prochaines élections, prévues en 2023. Ce qui s’est passé ce 15 septembre devrait interpeller tous les citoyens que nous sommes et rappeler à nos politiques – ainsi qu’à nos forces de l’ordre – que manifester est un droit fondamental. Réprimer, tabasser, agresser, voler, insulter sont des comportements inadmissibles et contraires à nos lois. »