« La nomination de Denis Kadima, comme président de la Commission électorale, qui vient d’être entérinée par l’Assemblée nationale, suscite la controverse », relève Afrikarabia, site spécialisé sur la RDC. « Une grande partie de la classe politique congolaise l’accuse d’être trop proche du président Tshisekedi, qui brigue un second mandat en 2023. Le problème, pointe Afrikarabia, c’est que Félix Tshisekedi n’avait que de mauvaises solutions devant lui face au tollé soulevé par la candidature Kadima. En la validant, il ouvre une crise ouverte avec le FCC de Joseph Kabila, Lamuka de Martin Fayulu et Adolphe Muzito, mais également avec certains de ses alliés de l’Union sacrée : Ensemble de Moïse Katumbi et le MLC de Jean-Pierre Bemba. Mais surtout, Félix Tshisekedi risque de se mettre à dos la très puissante Eglise catholique et les protestants, qui ont tous deux récusé Denis Kadima. A l’inverse, si le chef de l’Etat ordonne à sa majorité de repousser le nom de Kadima, Félix Tshisekedi se brouillerait alors avec les six (autres) confessions qui ont voté pour cet expert électoral, internationalement reconnu. »
Période troublée…
Cette désignation de Denis Kadima à la tête de la CENI « ouvre donc une période institutionnelle troublée à un peu plus de deux ans d’une présidentielle très incertaine et attendue, constate encore Afrikarabia. La 'dépolitisation' de la CENI est maintenant devenue une des principales revendications de l’opposition à Félix Tshisekedi. La crise politique prend également une nouvelle tournure pour les alliés de Félix Tshisekedi au sein de l’Union sacrée. Avec au premier plan, le parti Ensemble de Moïse Katumbi. L’ancien gouverneur du Katanga, qui vise la présidentielle de 2023, avait fortement contesté la désignation de Denis Kadima. »

En fait, résume Le Congo Libéré, avec cette désignation, « Tshisekedi se met à dos la quasi-totalité des forces vives du pays. (…) En entérinant hier le choix de Denis Kadima à la tête de la CENI au terme d’un processus entaché de multiples irrégularités, l’Assemblée nationale, contrôlée par des proches du président congolais, n’a fait que rejouer le scénario de 2015 quand Joseph Kabila avait porté à la tête de l’institution Corneille Naanga. La suite est connue, rappelle Le Congo Libéré. Des élections truquées qui ont permis, au terme d’un -'deal', à M. Tshisekedi, arrivé loin derrière Martin Fayulu, de revêtir l’écharpe présidentielle. La présidentielle de 2023 sera-t-elle du même acabit ? Avec la désignation de Kadima, la RDC en prend peu à peu le chemin. C’est la conscience de cette énième catastrophe électorale annoncée qui a fait réagir hier, dans un rare concert d’unanimité, une grande majorité des responsables du pays, dans la classe politique comme au sein de la société civile. »
Manifs ?
En effet, relève le site congolais, Le Forum des As, « ça sent la veillée d’armes dans tous les états-majors. Martin Fayulu en appelle à un 'front patriotique' pour des actions contre (ce qu’il appelle) la 'dictature fatshiste'. (…) S’il ne cache plus sa déception face à une plateforme dont il est encore membre, Moïse Katumbi est très attendu sur le 'que faire ?'. Fort de ses troupes à l’Assemblée nationale, de sa notoriété dans le pays réel et de ses entrées dans l’univers des décideurs de la marche du monde, le Chairman est à la croisée des chemins. » 

Et « il n’est pas exclu, relève encore Le Forum des As, que Kinshasa revive des processions de marcheurs-prieurs. (…) Et férus d’actions de rue, les activistes des mouvements citoyens, non solubles dans l’alchimie politique au pouvoir, ne se feraient pas prier pour grossir les rangs des manifestants. »  
Limpidité !
Alors, conclut Le Pays au Burkina, « la responsabilité du président Tshisekedi est grande devant l’histoire. Avant de confirmer Denis Kadima au poste de président de la CENI, il devrait mesurer toutes les conséquences d’une telle décision, au risque de réunir les conditions d’une crise post-électorale qui ne ferait honneur ni à la RDC, ni à lui-même. A moins qu’à ses yeux, l’essentiel soit la garantie de sa réélection à la tête de l’Etat (…). Mais le tout n’est pas de mettre un faire-valoir à la tête de la CENI, pour s’assurer de sa loyauté à toute épreuve. Le mieux, estime Le Pays, serait plutôt de se frayer le chemin d’une victoire électorale aussi limpide qu’éclatante pour se prémunir contre les lendemains incertains d’un triomphe contestable et contesté. »