C’est par l’ensemble de l’opposition qu’elle a été forgée, cette alliance, à l’exception notable du PDS, le parti libéral de l’ancien président Abdoulaye Wade.

« Yewwi Askan Wi » (« Libérez le peuple », en français dans le texte) c’est son nom. Également appelée « coalition XXL », elle a été lancée par une vingtaine de membres de l’opposition et de la société civile, en vue des élections locales de janvier 2022, des législatives de juillet de l’an prochain et de la présidentielle de 2024.

« Le pacte de sang », lance en Une le quotidien EnQuête, au Sénégal. Dans la charte de cette grande coalition, les chefs des partis et des mouvements signataires ont avalisé une série d’engagements visant à « raffermir leur unité en toute circonstance jusqu’à la présidentielle de 2024 ».

Pour le quotidien dakarois Le Soleil, c’est « une partie de l’opposition » qui a lancé cette coalition. Nuance. Car, comme le souligne ce journal sénégalais, le PDS de l’ancien président Abdoulaye Wade, la Convergence Bokk Gis Gis de Pape Diop et l’AJ/PADS de Mamadou Diop Decroix se sont « démarqués » de cette alliance dont ils dénoncent les « modalités de formation ».

De son côté, le site du groupe de presse Walf met en ligne la réaction des chefs du CRD et de Jotna, qui « s’offusquent » car s’estimant « laissés pour compte » dans la création de cette alliance d’opposition.
Wade père et fils boudent l’alliance
Le PDS d’Abdoulaye Wade (et de son fils Karim) a donc refusé de s’allier à cette coalition d’opposition. Et la presse sénégalaise s’interroge. Témoin EnQuête, dont les lecteurs, ce vendredi matin, découvriront la surprise d’un de ses chroniqueurs pour qui le choix du PDS est « inattendu ». Selon ce confrère, le parti de l’ancien président et de son fils Karim Wade s’est « contre toute attente et à la surprise générale, démarqué au dernier moment d'une initiative dont il était l'un des maillons essentiels, et qui le tenait comme une sorte de caution morale et idéologique, qui lui conférait, en tout cas, l'épaisseur politique qui l'eût crédité, d'emblée, de toutes les légitimités ».

Lequel choix inattendu « illustre surtout l'aventure ambiguë des alliances politiques au Sénégal depuis toujours et qui se heurtent presque inévitablement à la confusion des projets, à l'incompatibilité des humeurs, comme dans les mauvais ménages, et à la démesure des ego », énonce donc, dubitatif, le quotidien EnQuête.

Justement, estime le journal Rewmi, « Macky va difficilement laisser prospérer cette nouvelle coalition et détient des atouts non négligeables pour la faire capoter. Si Wade joue le jeu. »
Hors l’alliance, point de salut pour l’opposition
Au-delà des frontières du Sénégal, la naissance de cette grande coalition d’opposition fait déjà couler beaucoup d’encre. Témoin le Burkina Faso, où le journal Wakat Sera a forgé la formule du matin. Selon ce quotidien, en effet, avec son alliance, l’opposition sénégalaise met « du piment dans le "thiéboudiène" » (étant rappelé que, mitonné de poisson et de riz, le thiéboudiène est le plat national sénégalais). Et Wakat Sera de se demander si, en refusant de rallier l’alliance d’opposition, Abdoulaye Wade a ou non fait « le bon choix, en voulant demeurer tête de rat plutôt que queue de lion ». Car dans le contexte sénégalais actuel, le pouvoir ne peut plus « être conquis par un seul parti, encore moins par un individu », énonce Wakat Sera.

De son côté, cet autre journal ouagalais qu’est Le Pays souligne que, si cette alliance est un « éléphant », il est arrivé « avec un pied cassé », cette alliance étant amputée d’une jambe,car elle enregistre déjà des défections, « et pas des moindres.. ». Mais attention, prévient Le Pays, en mettant en garde le président Macky Sall, « il ne fait aucun doute que si toute l’opposition s’était coalisée, elle pourrait faire trembler son régime ».