Un opposant de longue date qui remporte une élection démocratique… Le fait mérite d’être souligné sur le continent et la presse ouest-africaine ne s’en prive pas.

« La sixième fois a été la bonne pour Hakainde Hichilema », s’exclame ainsi WalfQuotidien au Sénégal. « L’opposant historique de la Zambie a su profiter du mécontentement de la population et du marasme économique pour remporter une présidentielle qui s’annonçait serrée et indécise. »

En effet, précise le quotidien dakarois, « la Zambie est un des pays les plus endettés au monde ; elle fait face à une crise économique aggravée par la chute du prix du cuivre, un minerai qui représente 70 % de ses exportations et sa principale source de devises. La situation a empiré avec la pandémie de Covid19 qui a ralenti la croissance économique. Le Produit intérieur brut de la Zambie a baissé de 4,9 % l’année dernière. »  

C’est donc dans ce contexte que « Hakainde Hichilema a promis de redresser l’économie, souligne Le Monde Afrique, et d’offrir aux Zambiens 'une vie meilleure'. 'Cela me peine de voir des citoyens se coucher sans avoir mangé dans un tel pays', a-t-il expliqué, déplorant le potentiel sous-exploité des ressources naturelles de la Zambie, deuxième producteur de cuivre en Afrique. 'Des actifs valant des milliards de dollars ne rapportent rien… pour améliorer nos vies', a-t-il insisté. »
HH le pugnace
On verra si l’action du nouveau président zambien sera à la mesure de sa ténacité politique… En effet, « 'HH', comme le surnomment ses partisans, est un opposant pugnace, pointe le quotidien burkinabé Aujourd’hui, qui a la gouaille, qui va au charbon avec courage, méthode et persuasion, et qui s’est convaincu que le pouvoir se gagne aussi à l’usure ! A 59 ans, et après 3 duels avec le sortant, c’était presque de justesse qu’il avait raté la présidence en 2016, puisque 100.000 voix le séparaient d’Edgar Lunga, qui avait gagné à la Pyrrhus. 2021 est donc 'l’année de son année' comme le chante JC. Pluriel, l’artiste ivoirien. Une victoire qui s’explique pour plusieurs raisons, précise Aujourd’hui, notamment par le discours de 'HH' à l’égard d’une jeunesse lasse d’attendre des lendemains qui ne chantent jamais. Il a su parler aux jeunes, en poliçant son image d’homme d’affaires, certes bon samaritain par le paiement de scolarités d’enfants et constructions d’école, mais cassant et quelque peu condescendant. L’éternel Poulidor politique zambien a su réaliser le grand chelem dans ses fiefs habituels mais a également pris de grands pans de l’électorat du président sortant dont le pouvoir sclérosé n’a pu résister à ce blitzkrieg (à cette guerre éclair). »

Il faut dire, précise Le Point Afrique que « sur le plan politique, la Zambie, ancien protectorat britannique autrefois connu sous le nom de Rhodésie du Nord, jouit d’une réputation de stabilité depuis plusieurs décennies et confirme donc cet ancrage démocratique fort. Témoin, la réaction du président sortant, Edgar Lungu, qui dirigeait le pays depuis six ans : 'je veux féliciter mon frère Hakainde Hichilema, président élu, qui devient le septième président de la République'. »
Espoirs démocratiques pour le continent ?
« Cette victoire nette et sans bavure de l’opposant dans ce petit pays d’Afrique australe donne des motifs d’espoir démocratique, souligne Le Pays, à Ouagadougou. D’autant que non loin de là, dans des pays comme le Gabon, le Cameroun, le Congo Brazzaville, l’Ouganda et on en oublie, c’est un scénario qui est encore largement inimaginable, pour les raisons que l’on sait. C’est donc le lieu de saluer la force des institutions zambiennes, poursuit Le Pays, qui ont fait preuve de courage et de responsabilité en proclamant des résultats défavorables au président sortant, dans un contexte de forte tension préélectorale. C’est aussi le lieu de saluer la détermination du vainqueur qui, malgré les intimidations, a su rester persévérant au point de parvenir à déjouer les plans du parti au pouvoir. (…)  Dans une Afrique en pleine mutation, où la tendance est à la multiplication des mandats présidentiels au-delà du seuil autorisé ainsi qu’à la pérennisation des pouvoirs en place avec la complicité supposée ou réelle des institutions, le cas zambien apparaît comme un îlot d’espoir dans un océan de pessimisme (…). »